– littérature

XVIIIè siècle

Accueil – juin 2012

mai-juin 2012:

  Nouvelle édition de La lettre déchirée (éd. Flammarion jeunesse).

Nouvelle couverture, texte légèrement modifié: à (re)lire pour savoir, désormais, comment les autres enfants de la classe ont réagi en apprenant que Stéphane ne savait (toujours) pas lire, à 13 ans, en 6ème!

Illettrisme, secret, solitude et amitié…

6 juillet 2012, en l’arsenal de Rochefort: essais de mise à l’eau de la célèbre Hermione, reconstruite à l’identique!  Le chantier durait depuis 1997, initié par l’association L’Hermione-La Fayette. 7 septembre 2014: enfin, ça y est: L’Hermione quitte Rochefort.

Le site de  du chantier: c’est ici:

Quand la réalité rattrape la fiction, c’est très émouvant. J’ai reçu l’année dernière un mail d’une femme qui s’est présentée comme la descendante de Jean Bellenfant…. c’est-à-dire de mon personnage,  dont le nom m’avait été inspiré par une liste de marins ayant embarqué sur La Victoire. Un vrai mot, d’une femme réelle, dont l’ancêtre était mon petit mousse en papier encré!  C’était déjà troublant. Et voilà qu’à présent la frégate L’Hermione reprend le large…

J’aime tant imaginer qu’à son bord, le fantôme d’un gamin de quinze ans viendra, le nez au vent, respirer l’air de la liberté en glissant à Pierre, mousse comme lui et son complice : « Alors, ça y est, nous v’là embarqués de nouveau… ». Comme en ce 10 mars 1780, qui le vit s’embarquer auprès du jeune Marquis de La Fayette, colonel dans l’armée du roi de France et général-major dans celle des tout récents Etats-Unis d’Amérique.

Ella Balaert, Les voiles de la Liberté, éd. Gulf Stream


Ella Balaert, Les voiles de la Liberté, présentation

Ella Balaert

Les voiles de la Liberté

Editeur: Gulf Stream, 2009

Collection: L’histoire comme un roman

158 pages

ISBN : 978-2354880316

Résumé :

 1777. Près de Bordeaux, Jean se trouve embarqué, malgré lui, sur La Victoire, un navire en partance vers l’Amérique. A son bord, et sous un nom d’emprunt, le Marquis de La Fayette s’en va proposer son aide aux Américains contre les Anglais. A ses côtés, Jean est amené à participer à la guerre d’Indépendance des Etats Unis.

Il découvre l’Amérique, les tribus indiennes, les étendues sauvages, les grands voyages (notamment à bord de la légendaire frégate L’Hermione), les horreurs de la guerre, mais aussi  l’amitié,  l’amour, le sens de l’égalité entre les hommes et conquiert ainsi sa propre Liberté.

Presse et accueil du livre:

« Voici un excellent roman pour la jeunesse comme on voudrait en lire plus souvent. D’une plume élégante et délicate, Ella Balaert rapporte un passage de l’histoire des Etats-Unis. Mêlant intelligemment histoire et aventure, l’auteure met en évidence une bonne connaissance de la matière (…) Il en résulte un juste équilibre entre récit initiatique et fresque historique ». C.V. Bibliothèque la Régence, Soignies: http://bibliothequelaregence.wordpress.com/tag/ella-balaert/

« Voici un nouvel ouvrage qui devrait ravir les jeunes lecteurs amoureux de récits d’aventure ou de romans initiatiques… le lecteur se découvre en même temps que le personnage. Mais il s’agit aussi de faire souffler un vent  d’optimisme et d’idéaux à la fois purs et inconscients »  Stéphane Cugnier, Oise-Hebdo, 25 fév. 2009

 « A travers le destin de ce jeune garçon de treize ans, l’auteur nous conduit en Amérique où sévit la Guerre d’indépendance. Le récit, bien construit, est à la fois un roman d’aventures et un formidable parcours initiatique. A la trame romanesque, fondée sur la découverte faite par le jeune narrateur de la vie, dans toute sa globalité (sentiments amoureux, trahison, mort…), se superpose une réelle attention portée au détail historique… lecture intéressante… où l’Histoire est prétexte à relater le cheminement d’un personnage, ô combien attachant ». Choisir un livre (association de profs et de bibliothécaires, 2009, rédigé par COP)

 « Printemps 1777. Jean vit de la pêche et de menus larcins sur le port de Bordeaux. En voulant échapper à la maréchaussée, il embarque sans le vouloir à bord d’un navire en partance. Un destin imprévu s’ouvre alors devant lui. Direction l’Amérique !( …) Jean va apprendre les vertus de la liberté et participer lui aussi à l’indépendance des nouveaux États-Unis d’Amérique. Après avoir connu la guerre et l’injustice, c’est en homme libre imprégné d’idées nouvelles qu’il regagne la France où grondent aussi les prémices de la révolte…» Anne le Meur, Actua Libria, 2009

« Un jour, vous entendrez votre jeune lecteur raconter comment La Fayette a soutenu les insurgés américains. Lorsque vous lui ferez part de votre surprise, il vous racontera l’histoire de Jean, des petits pains, de l’aventure qui l’a captivé », Pédagogies magazine, fév. mars 2009

« Aux côtés de La Fayette : En ce printemps de 1777, Jean Bellenfant, serrant deux pains volés contre lui, court sur les quais de Bordeaux pour échapper à la maréchaussée… » Historia, avril 2009, catégorie : HHH (= « passionnément aimé »)

 « A travers un jeune héros attachant, le lecteur découvrira une époque haletante de découvertes et de conquêtes. » Libbylit  n°86

« L’auteur constelle son récit de faits historiques réels et permet ainsi de mieux comprendre comment l’idée de liberté qui figure dans la Déclaration d’indépendance américaine, a inspiré la première Déclaration des droits de l’homme et du citoyen adoptée en France en 1789. Le chirurgien Malville qui a embauché Jean comme mousse lui explique à bord du navire : « Inaliénables, mon p’tit gars, ça veut dire que tous les hommes ont les mêmes droits et qu’on ne peut pas les leur enlever ». Ella Balaert … réussit à habiller ses personnages de notions a priori abstraites [la liberté] dont le jeune lecteur pourra faire l’expérience à travers eux. » Eléonore Lelong, Le Courrier picard, mai 2009

 « Très documenté, ce roman est intéressant à la fois parce qu’il aborde des événements qui ont peu fait l’objet de récits pour la jeunesse (…) et parce qu’il fourmille de détails sur la vie maritime et dans les provinces françaises au XVIIIe (et notamment dans notre grand Sud-Ouest » Librairie Comptines, Bordeaux, février 2009

 

Pour en savoir plus:

  • L’Hermione:  Depuis juillet 1997, à Rochefort, l’association Hermione-La Fayette s’est lancée dans la reconstruction, à l’identique,  de la frégate Hermione.

– Pour visiter le site du chantier, c’est ici

– Pour voir la vidéo retraçant les étapes de reconstruction de la frégate, c’est  ici

– Le journal de bord du commandant de l’hermione, Latouche-tréville,  a été publié aux Presses Universitaires de Rennes sous le titre Deux Voyages au temps de Louis XVI

Extraits:

 « Les deux garçons s’approchèrent en cachette du coin des officiers, rassemblés sur le gaillard d’arrière, et, dissimulés derrière le grand mât, ils tendirent l’oreille.

The wouar, Monsieur, The, the.  Sortez bien votre langue entre les dents : the. The americans. The insurgents.

Jean étouffa un rire. Le marquis de La Fayette tirait la langue à un individu grimaçant lui-même avec le plus grand sérieux. C’était l’heure de la leçon d’anglais. Les garçons savaient que le marquis ferait ensuite lecture d’extraits de la lettre qu’il venait d’écrire à sa femme. De fait, peu de temps après, ils entendirent déclamer : C’est de bien loin que je vous écris, mon cher cœur…Ce fut au tour dePierre de glousser dans sa manche de vareuse. Je suis…dans le plus ennuyeux des pays… La mer est si triste et nous nous attristons, je crois, mutuellement, elle et moi. Toujours le ciel, toujours l’eau, et puis le lendemain, c’est la même chose… encore cette triste plaine[1]

– Oh là, mes gaillards, je vous y prends ! tonna soudain  une grosse voix.

Le quartier –maître se tenait devant eux. C’était un géant patibulaire, dont l’ombre même faisait peur aux garçons.  Il les attrapa par le col de leur chemise, un de chaque côté et les traîna sur le plancher.

– C’est-i que vous savez pas quoi faire, que je vous vois espionner comme deux malappris, ma parole ! Je vais vous en trouver, moi, du travail, si c’est que vous en manquez. Il y a le voilier, là, qui est en train de recoudre sa voile qui s’est déchirée sous le vent. Il a déjà un poinçon et une paumelle au creux de la main pour aider à pousser l’aiguille…Ben, il aurait bien besoin de quelqu’un pour lui aplatir la couture, par exemple ».

(…)

« Diable ! Pourvu qu’il soit du bon côté du canon, le jour  J ! Jean attendait de faire  son baptême du feu, le cœur plein de sentiments mêlés et confus. Il ne craignait pas de mourir : il était invincible. Mais il avait peur d’avoir peur, et tremblait d’impatience de jouer les héros.

Cela se passa à Brandywine, juste à côté de Philadelphie, le 10 septembre 1777. Il y avait des anglais partout autour de Jean.  Il en venait du Nord, qui descendaient du Canada. Il en arrivait par le Sud et la baie de Chesapeake. Jean ne savait plus où donner de la tête. Il avait tellement imaginé ce premier combat! Avec tambours et trompettes. Drapeaux et clairons. Et au sol, l’armée ennemie, défaite, criant merci, déposant ses armes aux pieds des généraux français et de Jean lui-même.

De fait, lorsque sonna la bataille, il se jeta en avant, armé de son seul coutelas et d’une massue de bois qu’il avait ramassée en chemin. Lui qui n’était pas censé monter à l’assaut se retrouva rapidement dans les premières lignes. Il donnait des coups à droite, à gauche, et même en haut et en bas. Il ne pensait plus à sa peur, ni à la gloire des français : il ne pensait plus à rien. Il fonçait, tête baissée, en criant, qu’il y eût ou non quelqu’un en face de lui. La bataille, ce qu’il en percevait à travers un brouillard boueux et gris,  lui semblait magnifique. Il n’en sentait pas les relents d’abattoir, il n’entendait pas les jurons grossiers des hommes transpercés de coups, il ne voyait pas la misère de ces hommes affalés dans la boue.  Là où le soleil frappait un éclat de métal, il voyait un éclair tombé du Ciel sur l’Ennemi. Les fumées noirâtres et nauséabondes qui s’élevaient du sol sortaient à ses yeux de l’enfer.

Soudain, Jean sentit qu’un souffle, dur comme un roc, le percuta. Tudieu, ce boulet n’était pas  passé loin ! Assourdi par le bruit, aveuglé par la cendre, la bouche pleine de terre et la main pleine de sang,  il crut sa dernière heure arrivée. Ses jambes ne le portaient plus. Il tomba. La dernière chose qu’il aperçut, ce fut un bouton d’uniforme, dans la boue, juste sous son nez. Il n’eut pas le temps de se demander si c’était un bouton anglais ou américain : il s’évanouit.

 – Alors, mon garçon, c’est aujourd’hui que je te la coupe, ta jambe ?

Allongé sur un brancard à moitié cassé, Jean reconnut la voix  de Philippe Malville. Il ouvrit les yeux. Le chirurgien avait en main une scie et s’approchait de lui . »

 

Ella Balaert, Le pain de la Liberté, présentation

Rentrée scolaire 2019 :

roman conseillé aux futurs élèves du collège Stanislas de Paris

https://etudiant.lefigaro.fr/article/les-livres-que-les-eleves-du-college-stanislas-doivent-lire-cet-ete-avant-d-entrer-en-sixieme_d1cb2cbc-ae0d-11e9-827c-34ed644f71db/

« Au travers des yeux de la jeune héroïne, le lecteur découvre la vie quotidienne à Bordeaux à l’aube de la Révolution Française. Très bien rédigé, guidé par le suspense, ce récit évoque également la joie que procurent l’amitié et les liens de fratrie et met en avant de belles valeurs telles que le courage, la liberté, l’honnêteté, la bonté, et la joie de vivre. »

Ella Balaert

 Le pain de la Liberté

 Editeur: Gulf Stream, 2010

 Collection: L’histoire comme un roman

170 pages

 ISBN : 978-2-35488-059-0

Résumé:

2ème volume du diptyque  sur la Liberté, après Les voiles de la Liberté, paru en 2009. Roman d’aventure sur fond d’une France où commence à gronder la Révolution française.1786. Une vie de servitude attend Alix, treize ans, domestique chez la riche famille Letournel, où règne une terrible gouvernante. Volontaire et dégourdie, elle fera tout pour échapper à ce pénible sort, car son rêve est de faire son apprentissage en boulangerie et fabriquer le pain. Accueillie à Bordeaux par son frère Jean (le héros des Voiles de la Liberté, qui a désormais vingt ans), elle y rencontre la misère, les injustices, l’esclavage. Les enfants des rues y survivent comme ils peuvent, entre rapines et petits travaux au jour le jour.

Heureusement, il y a l’amitié et la fraternité; les idées de Liberté et d’Égalité sont dans l’air du temps. On parle même d’un projet de Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne.  Reste qu’il n’est pas encore facile pour une fille, d’entrer en apprentissage!

Presse:

« Nous découvrons la vie dans ce grand port négrier [Bordeaux] où il est de bon ton d’avoir un domestique – esclave, noir- où les riches bourgeois transforment la ville en bâtissant les magnifiques hôtels particuliers… tandis que le petit peuple croule sous les impôts de toutes sortes et qu’une partie des opprimés est en train de s’organiser –ils formeront plus tard le groupe des Girondins- pour balayer le pouvoir royal. Alix n’est pas la dernière à protester : elle est à l’école de la féministe Olympe de Gouge et prêche l’égalité hommes-femmes et blancs-noirs. Un roman qui nous fait vivre les prémices de la Révolution de 1789. » Jean Bigot, Griffon, juin 2010

 « Au travers des yeux de la jeune héroïne, le lecteur découvre la vie quotidienne à Bordeaux à l’aube de la Révolution Française… Très bien rédigé, guidé par le suspense, ce récit évoque également la joie que procurent l’amitié et les liens de fratrie, et met en avant de belles valeurs telles que le courage, la liberté, l’honnêteté, la bonté et la joie de vivre. » VIC, Choisirun livre.com, juin 2010

 – « Le lecteur suit avec plaisir les aventures trépidantes [d’Alix] à Bordeaux, … elle rencontre une militante féministe, recueille un esclave évadé.(…) Propulsé par l’énergie de l’héroïne qui fait vivre la devise républicaine : « liberté, égalité, fraternité », le lecteur découvre les injustices qui ont pu provoquer la révolution et l’espoir engendré par un rêve de changement : « Ainsi, pensa Alix, ainsi elle ferait le pain. Elle travaillerait la pâte et la ferait lever, puis dorer, puis croustiller. Elle exercerait un métier. Le monde allait changer et elle n’aurait plus jamais faim ». Encres Vagabondes, Enora Bayec, (10/08/10)

2012: Edition engrands caractères dans la collection Encre Bleue/ Largevision

Printemps 2015: Atelier d’écriture en classe de 4è au collège de Fumel, dans la classe de Cécile Bagnara: les jeunes ont  écrit un chapitre supplémentaire au roman, l’ont illustré avec des fiches sur la faune et la flore locales et des travaux en arts plastiques! Et voici le magnifique résultat (cliquer pour télécharger en PDF)

Un chapitre supplémentaire au Pain de la Liberté

« Ce chapitre écrit par les élèves de 4ème A du collège Jean Monnet, s’insère entre le chapitre 13 et le chapitre 14 du livre Le pain de la liberté : Alix se cache des Letournel, ses anciens maîtres qui la recherchent après qu’elle se soit enfuie  et Toussaint se terre pour ne pas retourner à l’esclavage. Après une discussion le soir, chez Jean,  Joseph décide de les éloigner tous les deux de Bordeaux pour quelques jours afin de prendre le temps de trouver une solution pour chacun.

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 Les auteurs

Nicolas Bonis, Clément Bonnifon, Luna Boudet, Morgane Curros, Linda Depucelle, Laura Estrade, Dylan Fabre, Sarah  Leroux, Irvine Mammoudi , Nicolas Miran, Rémi Neiva, Billy  Picque,  Dylan Rouch, Sandra Vaugon

L’équipe pédagogique: Cécile  Bagnara, professeure de français, M. Lot, professeure de SVT, Mme. Vaurabourg, Mme. Jean-Feidt, professeure documentaliste, Mme Berthelot, professeure d’arts plastiques, Mme Déchaud, directrice de la SEGPA, a coordonné l’action des intervenants et des professeurs. Les élèves de la classe de 4A tiennent à remercier Ella Balaert, auteure du pain de la liberté et des voiles de la liberté, pour ses précieux conseils, son écoute et sa bienveillance.

Ce projet n’aurait pu voir le jour sans le dispositif « des rives et des voix » initié par la bibliothèque départementale 47 et la direction des services départementaux de l’Éducation Nationale.

Merci à Martine Faïn des éditions ARPHIVOLIS pour son intervention en classe autour du thème de la fabrication du livre.

Merci à l’association CEDP 47 pour son intervention autour de la lecture de paysage.

 

Extraits du roman d’E. Balaert:

« Alix ne savait pas encore s’opposer à cette femme qu’elle devait appeler mère sous prétexte qu’elle n’en avait jamais connu  d’autre. Pourtant, elle en avait assez de faire le ménage et le jardin  pour elle, depuis… oh, longtemps, Alix ne savait pas trop compter sur ses doigts, mais depuis plusieurs étés, c’est sûr. Alors un jour, elle saurait lui dire non, taper du pied, refuser de laver le sol, de porter les bassines d’eau, les fagots et les ballots de draps pour les laver à la rivière. Ceux-là, tout secs à l’aller, ils n’étaient déjà pas légers, mais alors au retour, gorgés d’eau comme ils étaient, c’est à peine si elle pouvait les soulever. Ça oui, un jour, un beau jour, de belle lumière sur le fleuve, elle aussi saurait résister à la tyrannie, il suffisait de s’entraîner, se disait-elle en raclant le sol de ses sabots et se répétant dans sa tête au rythme de ses pas, non, non et triple non…

– Qu’est-ce que tu marmonnes, ma fille, au lieu d’avancer ? Dépêche-toi, tu veux ?

– Oui oui, mère, j’arrive, répondit Alix en se hâtant.

Et voilà. Elle voulait dire non, et c’était oui, un oui servile, qui sortait ! Allons, le grand jour de son émancipation n’était pas encore arrivé. Alix ravala ses mots, sa colère et rejoignit sa belle-mère en soulevant des nuages de terre sèche sous ses pas.

– T’avise pas de salir ton jupon avec toute cette poussière ! Tu fais déjà bien assez paysanne comme ça. Le premier jour ! Tâche de faire bonne impression! T’as bien pris ton tablier? Et ton manteau,  tu penseras à le mettre pour sortir, cet hiver, hein ? »

(…) 

« – Vite, par ici !

Jacques la tira par la manche de son manteau. Alix le suivit dans une rue étroite, puis dans une autre, et encore une autre, qui débouchait sur une grande artère toute neuve. Essoufflée, elle s’arrêta à l’entrée d’une vaste cour pavée dont la porte était restée ouverte. Deux chevaux, attelés à une voiture rutilante,  piaffaient d’impatience.

– Ne restons pas là, lui conseilla Jacques. C’est l’hôtel particulier d’un jurat de la ville ! S’il nous attrape, malheur à nous !

– Attends, souffla Alix en le retenant.

Elle s’enfonça dans l’ombre du porche, afin qu’on ne pût les voir, ni de la rue, ni de la cour.

– C’est pas après moi qu’ils en ont. Ce qu’ils veulent, c’est ça.

Elle sortit de son panier le torchon et le déroula juste ce qu’il fallait pour laisser entrevoir la tranche du cahier noir.

– C’est des malhonnêtetés, qu’il y a d’écrit là-dedans.  Je crois, parce que moi, je ne sais pas lire. C’est pour ça que je voudrais le porter au docteur Malville. Il saura quoi en faire, lui.Jacques ne posa pas de question. Ni une, ni deux : d’une main leste, il attrapa le paquet et le fourra à l’intérieur de sa chemise. Puis il ramassa quelques gros cailloux qu’il mit à sa place, au fond du panier.

– T’as confiance en moi ? demanda-t-il en souriant.

Alix hésita à peine. Au fond, que savait-elle de ce garçon ? Rien. Tout, pourtant, la poussait à s’en remettre à lui.

– Ben… Oui, répondit-elle.

– T’as tort. Faut croire en personne. Et surtout pas dans les gens que tu connais pas…

(…)

« Manon expliqua à Alix que Susan avait entrepris en France un grand voyage qui passerait par Paris mais commençait par Bordeaux, cette région dont Jean lui avait si souvent parlé. Il y avait tant à apprendre, en France ! Des Anglais, des Allemands venaient y observer les mœurs des Français.

– Et des françaises !  ajouta Manon en plissant les yeux.

– Oh yes ! Vous françaises être si fortes, s’exclama Susan. Vous tout réussir en même temps. Faire les enfants, le ménage, les repas délicieux et aussi la révolution, c’être extraordinaire ! Avec toujours si grande élégance dans le look…

Alix jeta un œil sceptique à son vieux jupon de toile, propre certes, mais tout raccommodé. Ces mots  la firent aussi penser au ruban de Jacques. Elle le sortit aussitôt et le noua dans ses cheveux d’un air satisfait. Manon rigola.

– J’ai fait notre publicité, comme tu vois. J’ai parlé de ces femmes de la haute, qui tiennent salon à Paris et ailleurs, et où l’on vient discuter des dernières idées à la mode. Dame, c’est qu’elles ont une tête aussi, les femmes, et elles savent s’en servir ! Tiens, tu sais qu’on est tombées d’accord sur bien des points, Susan et moi. Un, il faut déclarer l’égalité politique et civile des hommes et des femmes.

– Yes, bravo ! approuva joyeusement Susan, ce qui fit sourire Jean.

– Deux, poursuivit Manon, il faut que les filles aient droit à l’éducation. Pas seulement apprendre à cuisiner et broder. Mais lire, écrire, compter, apprendre un vrai métier.

Cette fois, ce fut Alix qui approuva bruyamment. Si elle avait pu aller à l’école et recevoir de l’instruction, elle n’en serait pas là, aujourd’hui !

– Et trois, continua Manon d’une voix plus sourde, chargée de rage contenue, il faut soutenir les demoiselles trompées, les mères célibataires qui n’ont même pas le moyen de  faire savoir qui est le père de leurs enfants.

Jean prit la parole à son tour :

– Voici un programme bien généreux ! »