– littérature

Balaert

Petit bouton de nacre

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Format 13 x 18 cm
96 pages

EAN 978-2954636283

Avec un carnet de curiosités couleur

Interview sur les coulisses du roman à lire ici

PRIX DU ROMAN ADAN 2019  : organisé par l’association ADAN, ce prix est attribué par un jury de LIBRAIRES des Hauts de France.

PRIX SOROPTIMIST 2019 : organisé par le Club de Béthune de l’ONG Soroptimist

Le mot de l’éditrice:

Hérémiti, Monique-Mohéa, Poéma… Trois générations de femmes, de 1947 à nos jours.
Deux univers : celui des pêcheurs de coquillages dans le Pacifique et celui des industries de Méru, « capitale de la nacre », dans l’Oise.
Le tout boutonné par un petit morceau de nacre qui va peser sur le destin de ces femmes passionnées, avides d’amour, de vérité et de liberté.
Avec sa plume subtile, malicieuse et sensuelle, Ella Balaert nous entraîne dans une saga familiale bien cadencée, aussi ronde et ciselée qu’un bouton de nacre.

On peut trouver ce roman en librairie   ou le commander en ligne (via le site de vos librairies indépendantes préférées ou sur  lalibrairie.com  Decitre, Fnac, Espace culturel Leclerc) ou encore le commander directement auprès des Éditions Cours Toujours 

Réactions :

8 Novembre 2019, La Croix du Nord

« Si l’histoire est belle, c’est aussi parce que l’écriture nous caresse comme les alizés ». Jean-Michel Stievenard

9 Novembre 2019, La voix du Nord :

« Une histoire « pleine de sensibilité et de sensualité », a résumé Hervé Leroy, qui rapproche les pêcheurs de nacre du Pacifique et les fabriquants de boutons de l’Oise. »

Octobre 2019, L’ivresse littéraire :

« Nous oscillons entre la chaleur du soleil, les parfums iodés de Tuamotu et le gris Picard… Entre les désirs et les réalités trompeuses. Entre les douceurs et les discriminations. Dans un entre-deux fait de remous, de ressacs, le cœur se laisse tantôt bercé, tantôt submergé par les vagues de cette saga familiale… Un roman tout en finesse »… la suite ici: http://www.livresselitteraire.com/2019/10/petit-bouton-de-nacre-de-ella-balaert-dun.html

Athénaïse Merriaux, Eulalie, octobre 2018  et Actualitté: :

« Quel joli texte ! A mots subtils et toujours dans la réserve, l’autrice épand le long de ses 96 pages les arômes capiteux et troublants de l’atoll des Tuamotu ou les odeurs de l’usine du Nord, acides.  » la suite ici : https://fr.calameo.com/read/004688368787539dda87a 

Elizabeth Chombard, (Coup de coeur) Le marais du livre :

« fiction courte au puissant pouvoir évocateur. Ce texte est une réussite littéraire… le destin de ces héroïnes vous poursuit longtemps… »

Yves Mabon, Babelio : https://www.babelio.com/livres/Balaert-Petit-bouton-de-nacre/1042499 :

« Fin et délicat, touchant et beau tout simplement (…) Comme à son habitude, Ella Balaert parle des femmes avec la grande tendresse qu’elle a pour ses héroïnes et que l’on ressent nous aussi lecteurs »  blog d’Yves Mabon

Sophie Gauthier,  sur Babélio

« Lumières et ombres, drames et joies, vie et mort, le roman d’Ella Balaert nous entraîne dans un fabuleux voyage (…). La structure circulaire du récit est malicieusement à l’image de ce petit bouton de nacre qui ouvre de multiples pistes interprétatives. Un roman tout en reflets subtils et en diaprures poétiques » . Sophie Gauthier

Annie-France Belaval, sur Lecteurs.com et Babelio

« Ella Balaert écrit avec sensibilité et justesse l’histoire de trois femmes malmenées par la vie… »

la suite sur Lecteurs.com

Post Scriptum:

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Très émue d’avoir reçu au courrier ces petits boutons de nacre, de l’ancienne fabrique de Sainte Geneviève, encartés spécialement pour mon personnage de Monique / Mohéa par Christiane G, qui m’écrit l’avoir fait « en pensant avec émotion à toutes les dames dont c’était le 31598674_1909088559122909_765529576360116224_nmétier ». Ils proviennent d’une ancienne fabrique de Sainte Geneviève, dans l’Oise.

Auparavant, il y avait eu ce  cadeau de Mauricette P., au cours de ma résidence à la BDP de l’Oise sur le thème du travail féminin.


En passant

Leitura furiosa

Retour de Leitura Furiosa à Amiens

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J’y ai passé trois jours avec un groupe d’enfants du voyage. On a fait connaissance, on a écrit un texte à partir du nom de leurs caravanes, des bouts d’histoires qu’ils ont inventés, des récits que je leur ai racontés, on a visité le Musée de Picardie, on a été dans la librairie de Stéphane (Pages d’encre) dépenser les bons d’achat qui leur avaient été offerts, on a partagé des repas, des moments de rigolade et d’autres plus sérieux, et le troisième jour, on a été écouter notre texte lu  par un autre groupe d’enfants sur la grande scène de la Maison de la Culture d’Amiens. Comme ils étaient fiers d’eux! Et moi aussi!

Puis on a écouté les autres textes, des autres groupes, puisque Leitura furiosa est une opération de vaste envergure qui rassemble plus d’une vingtaine d’écrivains, simultanément à Amiens et  au Portugal, autour du projet de lutter contre l’illettrisme ou l’exclusion.

Le titre de notre texte: « Contes voyageurs ».

 

 

 

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L’avis d’A.C. Tessier, dans Les livres de George et moi

Anne-Claire Tessier, auteur du blog de lecture Leslivresdegeorgeetmoi, et spécialiste de Sand (en thèse sur cet auteur) :

18, 2012 by

« Tout a commencé par un mail reçu, puis d’autres entre Ella Balaert et moi, des mails autour de George Sand, autour d’un roman achevé et qui allait paraître sur George Sand et Nohant, comme le titre l’indique. Et puis, plusieurs semaines après, j’ai reçu une enveloppe avec le livre à l’intérieur et une belle dédicace de l’auteur. Mais vous me connaissez, on ne m’a pas si facilement, avec moi, il faut faire ses preuves, et sans doute encore plus quand on me parle de George Sand. Cette après-midi, la maison était miraculeusement silencieuse malgré la présence des enfants, il pleuvait, il faisait froid, je me suis fait une tisane au miel pour adoucir ma gorge, me suis calée dans le canapé du salon et j’ai lu, et une heure plus tard, je refermais le livre achevé.

Il s’est passé cette chose étrange, cette impression que ces lignes lues, j’aurais pu les écrire tant elles correspondent exactement à ma vision de Sand, tant Ella Balaert a tout compris. Mais je n’aurais sans doute pas eu cette capacité à faire revivre Sand, Nohant, aussi bien. Une fois encore, comme ce fut le cas pour Blonde concernant Marilyn, le roman surpasse le biographique.

Un soir, une visiteuse se laisse enfermer dans le parc de Nohant. La nuit tombée, dans une atmosphère un peu magique, Balandard, marionnette créée par le fils de Sand, prend apparence humaine, en même temps que George Sand émerge de sa tombe. Durant toute une nuit, la marionnette va emmener la visiteuse, et Sand à leur suite, dans toutes les pièces de la demeure, et évoquer les souvenirs enfermés entre ses murs dans un ordre chronologique.

Alors oui, un peu comme pour le Titanic, je connaissais déjà tout ce qui a été évoqué, mais c’est là la prouesse de Balaert, même si on connaît l’histoire on la lit avec plaisir, car au-delà des faits racontés, des anecdotes, c’est la façon dont tout cela est dit, c’est la capacité à avoir compris et rendu ce que chaque évènement peut signifier sans tomber dans les lieux communs, qui est passionnant. Le roman s’apparente par moment au théâtre, au rêve et j’ai particulièrement aimé ces pages où l’auteur évoque toutes les personnes croisées dans le salon de Sand au fil des années.

Sand est là, vivante, on la sent, on l’entend, et le fait de reprendre en italique des extraits de sa correspondance ou de son autobiographie la rend encore plus présente. On entend son accent berrichon, sa liberté de ton, ses accents autoritaires. J’en avais des frissons.

Quant à Nohant, là encore l’évocation est parfaite, et j’ai revécu mes visites passées et déjà trop lointaines, je me suis revue dans le petit cimetière, devant le placard, dans la cuisine. Là aussi, Nohant est vivant, bruissant, les domestiques vont et viennent, les chiens nous passent entre les jambes.

Ce n’est pas une maison, Nohant. C’est un mythe. Une fiction. Un roman de plus à mettre à ton actif. C’est un lieu, et c’est un non-lieu : une utopie. L’Utopie sandienne. (p.75)

Ella Balaert a tout compris, c’est magistral. Elle nous donne le vrai visage de Sand, du moins celui sous lequel je l’imagine, mais ce n’est pas non plus une hagiographie et le personnage de Balandard est là aussi pour mettre l’accent sur les travers de Sand, même si cela énerve la romancière. Car ce roman n’est pas mièvre et doucereusement élogieux, il est souvent drôle, piquant, tout en étant sensible et intelligent.

Je pourrais encore continuer longtemps à vous parler de ce livre qui est une parfaite introduction à l’oeuvre de Sand. Tout y est et bien plus encore, et même l’épisode des confitures est traité avec humour. C’est une vraie réussite, c’est jouissif, oui je n’ai pas peur du terme car pendant une heure j’ai vraiment eu l’impression de rencontrer Sand, de me promener à Nohant à ses côtés et de la découvrir telle qu’elle devait être.

Il faut lire ce livre, et le faire lire car il dépoussière les lieux communs, il montre une George Sand moderne et vraie, rompt cette image idiote de Bonne dame de Nohant.

Ella Balaert a un site que vous pouvez également visiter pour en savoir plus sur elle et son oeuvre ».

Pour lire les commentaires et découvrir le riche blog d’AC Tessier, cliquer ici

 


Ella Balaert, Pseudo, éd. Myriapode, présentation

  • Broché:144 pages
  • Parution:  décembre 2012
  • Editeur : Éditions Myriapode
  • Diffuseur Distributeur: Pollen
  • Langue :Français

 Résumé:

Trois femmes inventent un personnage commun, qu’elles baptisent d’un pseudo, Eva, et qu’elles incarnent tour à tour sur Internet, se passant le relais comme les trois soeurs Grées de la mythologie grecque se partageaient un oeil et une bouche uniques. Une correspondance  régulière par mails  s’établit, entre d’une part, Eva et un homme, Ulysse et entre les trois amies, d’autre part. Jusqu’à la surprise finale. Car sur le Net, toutes les manipulations sont possibles.

Jeux de séduction épistolaire, libertinage amusé, avatars, masques, mensonges et vérités, vertiges identitaires entre réel et virtuel… On croit ne jouer qu’avec les mots. Mais  le drame couve.

Avec, dans les rôles principaux, Jeanne, une jeune musicienne, romantique ; Sophie, mondaine et cynique ; Alice, une kiné trentenaire  très joueuse et Ulysse, un élégant antiquaire.

Roman épistolaire.

Lecture publique à Senlis (Oise) 

(librairie le Verbe et l’Objet) 

     

Avec Chloé Galibert-Laîné (Choix des extraits, montage vidéo – Alice), Camille Dagen (Sophie), Ludivine Bernazzani (Jeanne) et la voix de Cyrille Andrieu-Lacu (Ulysse)

 Accueil du livre et critiques:

  • Janvier 2014, lelitteraire.com: 

    « Vouloir raconter par menues séquences de courriels entrecroisés le quotidien de femmes, leur ennui, leurs amours, leurs emmerdes pour reprendre une certaine antienne… est un défi de taille… ce court roman qui entremêle portraits psychologiques intimes et critique des apparences sociétales est écrit avec beaucoup de justesse, de fond comme de forme… le propos d’Ella Balaert va beaucoup plus loin que le doux babil de copines cherchant un dindon de la farce littéraire … il s’agit bien, sous le masque que nous portons haut les cœurs,  de poser, sans céder à un intellectualisme de mauvais aloi, fa     ce au regard cyclopéen d’autrui…la fondamentale question de l’identité à soi et de la foi que nous nourrissons envers nos propres représentations…. » Frédéric Grolleau

La suite ici: http://www.lelitteraire.com/?p=9964#more-9964

  •    Chronique de Thierry Ducret dans France3 Picardie matin
  •  logo france bleu

Interview en direct de Thierry Chareyre dans Le livre du  jour le 27 novembre 2012

« Ella Balaert s’amuse. Du moins, en apparence.  Pseudo mérite qu’on aille au-delà de la scène de genre, au-delà des liaisons dangereuses, pour apprécier la plongée profonde dans un enfer intérieur.Pseudo est comme un livre sur l’exil. Les personnages se perdent complètement, se falsifient et s’éloignent d’eux-mêmes( …) La dernière partie du roman aborde ainsi l’ultime dérive, à la fois terrifiante et passionnante. Dans cette réflexion sur notre époque et ses nouveaux comportements, sur l’identité et la virtualité mais aussi sur l’ultra-moderne solitude, Ella Balaert frappe fort (…)  Ce livre intense est lui-même addictif. On le lit d’une traite ». Virginie Troussier    Lire la suite ici: http://www.actualitte.com/critiques/monde-edition/critiques/pseudo-d-ella-balaert-1696.htm

  • Alexandry oury-Blaire (La vie des livres de Picardie et d’ailleurs):

« Pseudo est un roman épistolaire des temps modernes… Conformément à la tradition du genre, Ella Balaert embarque son lecteur avec une grande maîtrise, dans un échange de mails sans la moindre narration. Un régal. (…) « 

Lire la suite: http://alexandra.oury.over-blog.com/article-lecture-pseudo-d-ella-balaert-87620334.html

  • Le Courrier picard:

« Ella Balaert réinvente le genre épistolaire… La question aurait pu être banale: vont-elles (ces trois femmes) concrétiser avec Ulysse et franchir le cap du virtuel? L’important n’est pas là. Nous sommes dans le jeu pour le jeu. L’intérêt est la découverte des personnages, qui n’apparaissent qu’à travers leurs écrits… Voilà un roman qui se lit avec et pour le plaisir. Véritable invitation à la séduction« . M.M.H.

  • Martine L.Petauton, dans La cause littéraire:

 » Tout le livre est écrit, avec la précision et la concision sans poésie des messageries ; ça cliquette à un train d’enfer, et, au fur et à mesure, on se prend à avoir peur : «  mais où est le frein ? Et le signal d’alarme, au fait ? (…)  D’autant que Balaert en rajoute, en glissant dans cette première correspondance, une autre, non moins angoissante ; celle des 3 Parques entre elles (…)  Il y a dans cette affaire quelque chose du «  travail » un peu de naissance, un peu de deuil, qui accouche, au bout, et de surprises, et de drames. »

Lire le reste de l’article ici : http://www.lacauselitteraire.fr/pseudo-ella-balaert-2.html

  • Sophie Adriansen, dans La cause littéraire:

« Construit comme une pièce de théâtre, ce roman sobre, dans lequel l’auteur s’amuse à faire évoluer les styles des protagonistes au gré des évènements qui surgissent, met en lumière ce que l’écrit dit comme ce que les silences révèlent… Lecture très entraînante« 

Lire la suite: http://www.lacauselitteraire.fr/pseudo-ella-balaert.html

  • Oise Hebdo:

« Dans son précédent roman, intitulé Sylvain, E.B. remontait le temps, de la seconde guerre mondiale à la préhistoire. Cette fois, pas de bond en arrière: l’histoire se déroule à l’heure actuelle. Trois femmes, que tout sépare… et pourtant elles sont amies. 215 pages de mails, sans la moindre narration.  Entre mensonges et vérité. »  Aurélien Demay

Et dans la blogosphère: grand merci à ces lectrices et lecteurs!

  • Chronique de Bénédicte villard, dans Périgrinations littérairesqui a fait de Pseudo un « livre voyageur », merci à elle.

« Je suis dithyrambique, je l’avoue mais comment ne pas aimer ces trois femmes… et la fin… tout le long, j’ai eu une pensée pour l’aboutissement de l’histoire. Je savais qu’il serait percutant déstabilisant, mais la fin inventée par Ella Balaert est puissante. La maîtrise de l’aspect dramatique est parfaite. En conclusion, ce livre est mon plus gros coup de coeur de l ‘année. » Lire le reste de l’article : http://www.peregrinationslitteraires.com/

  • Violette dans Doucettement:

« … roman extrêmement agréable à lire, on a du mal à le reposer … le dénouement est spectaculaire… » la suite ici: http://doucettement.over-blog.com/article-pseudo-d-ella-balaert-117053561.html

  • Chronique du blog Des galipettes entre les lignes (8 avril 2013)

« Pseudo est bien moins anodin qu’il n’y paraît au premier coup d’œil( … )Servi par un style leste et entraîné, ce roman se lit avec beaucoup d’intérêt et de plaisir, forcément un peu pervers« . La suite ici: http://www.desgalipettesentreleslignes.fr/archives/2013/04/15/26874728.html

  • Chronique de Svyn (30 janvier 2013)

« Une écriture fine et incisive au service d’un sujet du quotidien… ce roman est un petit bijou ! »  http://www.babelio.com/livres/Balaert-Pseudo/313234#critiques

  • Chronique du Club de lecture de Karine:

« Ce livre met l’accent sur la proximité entre le réel et le virtuel, quand le virtuel s’installe dans le réel … Derrière un pseudo peut se cacher n’importe qui… ce livre enchaîne les surprises et les rebondissements ». Lire la suite: http://clubdelecture.forumactif.com/t3698-pseudo-de-ella-balaert

  • Chronique de Rêver en lisant:

« Ce livre a été pour moi une très bonne découverte. .. beaucoup de rebondissements.. » Lire la suite: http://rever-en-lisant.blogspot.com/2011/10/pseudo.html

  • Sur « A bride abattue« , chronique de MC Poirier (21 avril 2013)

« Avec son précédent livre, George Sand à Nohant, paru chez Belin en mars 2012, Eva (sic, c’est mignon) Balaert abordait déjà la question de l’identité dans une écriture elle aussi polymorphe. Ici le thème de l’estime de soi traverse le livre. Cette force est-elle innée pour les uns, une compétence à travailler pour les autres, un état perdu à reconquérir » ?

« Roman résolument moderne dans sa forme et très profond dans l’analyse, et que j’ai beaucoup aimé ». Laura

« Sakinia : Un bon roman, que je vous conseille ! » (9/10)

  • Chronique d’Yvon Bouëtté,  Littérature d’Irlande, de Bretagne et d’ailleurs

« Cachez-moi ce pseudo que je ne saurais connaître… Une approche originale du monde d’internet dont nous sommes tous, moi blogueur et vous lectrices et lecteurs, des acteurs et utilisateurs journaliers au point, parfois, de souffrir du manque »… Lire la suite: http://eireann561.canalblog.com/

  • J.P. Galibert :  

Réalité et virtualité: »Sur le réseau qui nous sert de caverne, et où les autres projettent leurs ombres, notre image exposée n’est-elle pas plus réelle que notre corps invisible? Le personnage virtuel pour lequel je me prends, et pour lequel je suis pris, est désormais plus réel que chacun de mes rôles »… Lire la suite: http://jeanpaulgalibert.wordpress.com/2011/10/09/sommes-nous-deja-imaginaires-lire-balaert-1/

les femmes, LA femme: »Nietzsche compare la femme à un oignon : si on lui demande la vérité, elle minaude, se fait prier et finit par enlever une de ses nombreuses pelures.  Qu’y a-t-il au centre de l’oignon ? Un mystère ? Un secret ? Rien, peut-être, nous ne pouvons savoir, dit-il, parce que nous ne savons pas ce que les femmes se disent entre elles. … Ella Balaert, pour écrire Pseudo, a été obligée de lever un coin du voile, car elle nous montre trois femmes qui parlent entre elles pour inventer une femme, afin de séduire un Monsieur par mail. Nous avons donc les minutes de leurs discussions stratégiques, entres femmes, pour jouer La femme. » Lire la suite: http://jeanpaulgalibert.wordpress.com/2011/10/16/la-femme-est-elle-une-arme-des-femmes-_______lire-balaert-3/

  • Yves Mabon  sur son blog :

 » Encore une fois, Ella Balaert crée de beaux personnages de femmes …  Décidément, Ella Balart est une écrivaine à découvrir pour ceux qui ne la connaissent pas encore. Pour les autres, il suffit de continuer à la lire pour se délecter à chaque fois de ses pages. »

http://www.lyvres.fr/2018/05/pseudo.html


Ella Balaert: Allo, Solange? nouvelle

   

 (Allo, Solange? , texte initialement paru dans la revue Sol’Air)

 

             – Allo, Solange?

            – Non, Madame, ce n’est pas Solange.

            – Allo, c’est toi, Solange?

            – Je suis désolée, il n’y a pas de Solange, à ce numéro.

Il devait s’agir d’une banale erreur d’attribution. Dix minutes plus tard, cependant.

            – Allo, Solange?

            – Non, Madame,  vous composez un faux numéro.

            – Ah, bon. Et Solange, elle n’est pas là?

            Quelque chose dans la voix m’alerte encore plus que l’incohérence du propos: totalement atone, machinale, comme venue de loin, de l’au-delà des mots. Ce doit être une femme âgée, sénile, l’esprit fatigué. Pauvre femme. Je raccroche, agacée néanmoins. Ce temps perdu! Et le cœur qui s’emballe,  à chaque sonnerie, si c’était lui?

            Mais encore et encore, tous les quarts d’heure:

            -Allo, Solange? Quand elle reviendra, vous lui direz, n’est-ce pas, qu’elle vienne me voir, je suis bien malade, vous savez,  bien vieille.

            Il faut agir, enrayer la machine. Pour moi, pour elle. Pauvre vieille, qui n’a plus qu’une seule idée, fichée en tête comme une aiguille de cadran solaire, et qui tourne, tourne sans cesse autour, heure après heure, inlassable. Elle me rappelle tante Odile, réduite à quelques mots vers la fin d’une vie paisiblement consacrée à l’étouffement méthodique et raisonné de mon cousin, son unique fils, quelques mots, un notaire, tout de même, mon fils est notaire, vous savez, notaire, il est devenu, mon fils. C’est comme ça pour tout le monde. Passé sous le soleil et les ans, le monde  rétrécit, peau de chagrin toute ridée, où se love, entre les plis et sous les plaies, un dernier désir. Solange. Eh bien, qu’elle attende Solange, si Solange est son messie, son salut, son Amérique ou que sais-je, mais moi, moi, qu’ai-je à y voir? Cela ne me concerne pas, moi, j’attends Pierre, un mot de Pierre, un appel de Pierre. Pierre parti là-bas, au loin, sur la carte un nom près d’une croix, comme une tombe. Un nom imprononçable. Une formule magique.

            Ainsi, mue par un obscur sentiment dans lequel se nouait, au désir de sa propre tranquillité, ce  qu’elle prenait pour de la pitié mais qui trépignait de haine et de rage envers cette patiente humiliation de l’humain dont la vieille dame au téléphone lui apportait le témoignage, par l’abdication de son  âme ballante au bord du vide et du langage, Allo, Solange, Solange, allo, Madame veuve André Castillac, deux jours après le premier appel, décida d’en référer au centre de gériatrie le plus proche.

            – Je voudrais vous signaler le cas d’une dame âgée qui me semble en difficulté.

            – Oh, vous savez, pour nous, ce n’est guère un cas. S’agit-il d’une parente?

            – Non.

            – D’une amie, peut-être?

            – Non.

            – D’une voisine, alors?

            – Non, pas davantage. En réalité, je ne sais pas de qui il s’agit. Pourrais-je parler à l’assistante sociale rattachée à votre centre?

            – Je regrette, elle est en tournée toute la journée. La procédure usuelle consiste à lui laisser les coordonnées de la personne, afin qu’elle enquête à son retour.

            Les coordonnées. Pas la détresse, ni la solitude, ni la fragilité d’un corps marmottant, vulnérable et têtu. Mais une adresse, un nom. Réduite à espérer un nouvel appel de son interlocutrice, afin de lui soutirer les renseignements requis, Madame Castillac s’assit devant le guéridon ciré du téléphone, posa sa tête entre ses mains en corbeille et songea. Les échéances à payer, la clientèle raréfiée, mécontente, depuis la mort d’André, huit mois déjà, le bébé venait de naître, celui du dessus qui n’arrête pas de crier encore cette nuit à deux heures du matin. La glotte palpitante, pressée contre les deux pouces joints, elle songe à la guerre, là-bas, qui n’en finit pas, dont elle suit le fil rouge à la télévision. Et Pierre qui n’appelle pas. 

             – Allo, Solange.

 A peine une question, le fil à peine rompu d’une conversation. La voix, devenue familière, malgré tout, me réchauffe. Une voix sans goût, sans nom, sans haleine, mais quelque chose d’humain dans l’onde et mon numéro sur les touches. Ainsi l’ombre de l’air a-t-elle tremblé sur la nappe, ce midi, ténue, fascinante, me tenant l’œil écarquillé jusqu’à ce que j’eusse compris comment quelque chose d’immatériel pouvait projeter une ombre, et troublante encore, après que la chaleur du radiateur, sous les rayons du soleil, m’eut apporté la solution. L’émotion qui me saisit alors, à voir frissonner sur la toile la force d’un souffle, je la retrouve maintenant, devant cela qui s’acharne à vivre et me parler au creux de l’oreille, sans rémission, sans pardon, quelque chose d’humain, malgré tout, qui triomphe, quelque chose d’humain, ici, tout près, dans le doigt sur la touche, dans la main qui se serre autour de l’appareil, dans le cœur qui se serre aussi, tout petit, tout entier dans l’écouteur, allô, Solange, car c’est toi, ne dis pas non. Et Pierre, au loin,  sous les mitrailles et sous les pierres.

            Décidément, il faut faire quelque chose pour cette femme. On n’est pas des bêtes.

            – Ecoutez, Madame, Solange n’est pas ici, mais dîtes-moi qui vous êtes, j’essaierai de vous aider.

            – C’est Solange que je veux, Solange, vous comprenez, elle me connaît, elle saura.

            – Mais Solange comment?

            – Solange, c’est Solange, elle a écrit son nom sur le calepin, avec le numéro, appelle-moi, elle a dit, quand elle est partie, appelle-moi, si tu as besoin.

            – Et où est-elle partie?

            – Je ne sais pas où ils me l’ont mise. C’est son fils, avec une dame en blouse, n’y vas pas, pourtant, je lui avais dit.

            – Mais vous, vos enfants?

            – Non, pas de famille, non non.

            – Vous vivez seule, alors?

            – Non non, je veux Solange, Solange.

             De la panique, soudain, flotta dans l’air. La voix s’éloigna avec le cri, sortit du cercle enchanté que le fil de téléphone avait tracé tout autour de Madame Castillac et de la vieille dame. Les mots soudain trébuchaient au seuil de la raison. Qui s’en étonnerait? Il court tant d’histoires d’agressions!  Madame Castillac décolla lentement le combiné de son oreille et sentit un courant lui passer entre chaque doigt. Elle se rappelait sa mère. Le récit de ses visites à l’hospice, un bandeau sur le front, sur le brassard une croix rouge: il fallait les voir, ces malheureuses, se traîner hors de leurs lits, s’accrocher à sa blouse et lui donner dans un cri le prénom d’une fille, d’une nièce, de leur meilleure amie. Madame Castillac se souvint des détails miséricordieux dont sa mère parsemait ses paroles à des fins d’édification morale et chrétienne. Si miséricordieux que les femmes, en dépit des adjectifs dont elle ouatait leurs injustes misères, leurs terribles conditions, leurs malheurs immérités, les femmes  devenaient des bêtes, les lits, des paillasses, les cheveux des crinières, et sa bonté, à elle qui ne les touchait jamais et se lavait toujours longuement le corps au savon noir après chaque visite, de la charité. Vos récits, ma mère, se voulaient édifiants; mais ma petite vieille à moi, dont je n’ai pas même arraché le nom, voyez comme elle se rebiffe et, dans un réflexe de la chair et des entrailles, comme elle repousse le téléphone, lâche la blouse et retourne à son lit. Seule peut-être, et gâteuse sans doute, mais vivante. Ce n’est même pas par dignité, me direz-vous. Ce n’est que de la peur. (On avait dû, Solange, peut-être, lui répéter si souvent, comme à une enfant, méfie-toi des étrangers, ne dis pas que tu vis seule). Et alors, quelle différence? Il n’importer que de survivre.

            Madame Castillac, à son tour, reposa l’appareil. Elle connaissait bien cet effroi, la matrice en boule et l’estomac qui se vide d’un coup. Elle le connaissait chaque fois que la sonnerie du téléphone, traversant l’air, la jetait à terre comme jadis les stukas dans le ciel normand, quand elle avait neuf ans. Elle le connaissait chaque fois que le silence de l’appartement lui lançait au visage qu’il devenait inutile d’attendre Pierre, un appel de Pierre, sa voix au bout de la ligne pour lui dire, tout va bien, maman, ne t’inquiète pas. Pierre parti là-bas sous les bombes. Reporter. Témoin. Derrière l’objectif, la même cible et pas les mêmes armes. Oeil pour oeil, pour dire à vingt heures, au monde attablé, diverti, entre les fourchettes et les enfants, regardez, regardez et jugez. Pauvre Pierre. Comme si les yeux des hommes leur servaient encore à voir. Pierre engagé pour de si grandes causes, auprès d’hommes si petits, soupira Madame Castillac en s’éloignant du guéridon.

            Des jours passèrent. Un nouvel appel au centre de gériatrie demeura sans effet. Trop de demandes en ce sens, pas assez de renseignements, si encore vous étiez de la famille. On se débarrasse plus facilement du problème en famille. Le fils de Solange, Pierre, tante Odile. En famille, on prend et on donne, tout, et la vie et la mort. La famille possède tous les droits et l’impossible devoir de consolation. Madame Castillac renonça donc à faire prendre en charge la vieille dame: par amour de l’humanité. Là-bas, la guerre durait. On était toujours sans nouvelles des quatre journalistes portés disparus au début du mois. Il devenait raisonnable de ne pas conserver l’espoir de les revoir vivants. Madame Castillac se montra raisonnable. Raisonnable, elle se forçait à écarter chaque matin et refermer, chaque soir, les plis lourds des tentures et les portes des armoires, grinçant sur les paquets de pâtes et de thé. Elle avait les gestes raisonnables du jour, quand le corps agit sans que l’âme y pense, et la nuit, quand il ne bouge plus dans le grand lit blanc, la courtine tendue sous les aisselles desséchées, les yeux, qu’ils soient ouverts ou fermés, dans le noir, ça n’a pas d’importance.

            Un matin, l’air tendu au maximum de l’appartement vibra sous les appels du téléphone. Souffle coupé court, Madame Castillac ne put se précipiter aussi vite qu’elle le souhaitait et ne parvint à décrocher le combiné qu’à la dixième sonnerie, si tôt, ce n’est pas bon signe, quelle heure est-il, là-bas?.

            – Allô, Solange?

            Dire alors comme Solange résonne à l’oreille: la mère a  tellement espéré entendre la voix du fils. Elle l’a tellement entendue, cette voix. Solange paraît un mot étranger, un mot inconnu de toutes langues, un bruit gênant qui s’installe au fond de l’oreille et distille des flots de rage dans le sang. Quoi? S’être émue de ça, cette vieille souche radoteuse? Avoir pensé l’aider? Soudain l’envie de tuer la prend comme une envie de vomir. A vouloir défoncer le vieux crâne à coups de récepteur, si seulement elle l’avait sous la main. Mais qu’elle crève, qu’elle crève donc, puisque Pierre est là-bas, sous les bombes.

            -Allô, Solange? Tu ne dis rien, aujourd’hui?

            La mère ramassa l’écouteur, qu’elle avait jeté au loin. Allons, à quoi bon? Rien ne servirait à rien. La femme appelait Solange et Solange n’était pas au numéro demandé. Il y avait des destins plus tragiques. Ce n’était qu’une banale erreur d’attribution, en somme.

            Madame Castillac reprit haleine. Il n’y avait plus de haine; il n’y avait plus de raison. Elle ne put obtenir de son interlocutrice ses nom et adresse, mais réussit à lui arracher quelques mots supplémentaires et à en apprendre davantage sur Solange, une femme de soixante-quinze ans en avril dernier, elles l’avaient fêté ensemble, avec son fils, comptable, dans les papiers peints non loin d’ici, un quartier agréable, avec le petit square et les pigeons sous le banc où elles avaient coutume d’aller s’asseoir, Solange et elle, quand le vent venu de la mer n’était pas trop froid.

            Madame Castillac connaissait bien la ville. Elle repéra sans difficulté le quartier, l’immeuble. Une enquête rapide auprès des gardiens lui donna les renseignements espérés. Solange Kerbrat, résidence Anadyomène.

            Pierre ne téléphonerait pas. Pierre ne téléphonerait plus. Madame Castillac changerait son numéro de téléphone, quelle importance, désormais ? Elle n’avait plus rien à attendre et au moins, ainsi, elle ne serait plus dérangée par l’autre. Et puis un soir, elle se décida. Même l’enfant du dessus ne pleurait pas. Il n’y aurait plus de larmes. Pour personne. Elle composa un numéro dans l’annuaire. Celui-là ou un autre. Elle était vieille. Elle serait seule dorénavant.

Là-bas, on décrocha. Une voix de femme dans l’appareil. Un timbre agréable.

     – Allô, Solange? demanda madame Castillac.

  D’une voix atone, machinale, comme venue de loin, de l’au-delà des mots.

–  Ah je suis désolée, madame, c’est une erreur.             

  Madame Castillac était vieille. Elle était seule.  Il n’y avait  pas erreur.


Ella Balaert Compte-rendu atelier « romans épistolaires » (luçon)

Ouh la la ! ce qu’ils sont petits, les enfants ! A peine sortis du CP, à peine à l’aise, pour certains, dans l’écriture du nom et de la date du jour… et l’on va ensemble « écrire des histoires » , avec des personnages, avec des sentiments, avec de l’action… ! Je suis aussi impressionnée qu’eux mais je le montre moins (enfin, je crois…).

 On se met vite au travail : les groupes formés, on sort les images qui nous serviront de support et de point de départ. Les associations viennent assez facilement : d’abord entre les images, puis entre les idées, puis arrivent les mots. A l’oral, pour commencer, et là ça va encore très bien. Mais il  faut ensuite passer à l’écrit. Et là, ça se complique … On fatigue. On interroge : il en faut combien, de mots ? mettez-m’en un(e) livre, ça suffira. Comment ça, écrire, ce n’est pas parler ? La première séance est déjà finie : il y en a qui ont écrit deux lignes, d’autres, deux paragraphes : pas grave, c’est, comme en amour, le premier mot qui est le plus difficile. On se quitte sur des consignes de recherche : qu’est-ce qu’on mangeait en Egypte antique ? A quoi ressemblait un château du moyen-âge ? Qu’est-ce qu’on décrit dans un portrait ? (Comment ça, un résumé d’histoire, ce n’est pas une histoire ?).

Et voilà. On a échangé des lettres.  On s’est revu, et, petit à petit, la confiance en eux venant et grâce à la sollicitation de leur maîtresse, Martine, les histoires ont pris corps, et chair. De vraies histoires, avec des personnages, des filles et des garçons de tous les âges, avec des sentiments, de la haine, de la jalousie, de l’amour et avec de l’action, des guerres et des mariages.

Eux, je ne sais pas. Mais moi, je suis drôlement impressionnée ! ouh la la !


Ella Balaert – compte rendu atelier d’écriture « Ma ville insolite » (Gonfreville l’orcher)

 

Nous sommes partis de la spécificité du quartier de Mayville –dont le maître avait parlé avec les enfants (élèvbes du CE2 au CM2) à l’aide d’archives et de documents municipaux : il s’agit en effet d’un quartier créé de toutes pièces par M.Schneider, des usines d’armement, pour loger son personnel. A présent bien sûr, la population, sociologiquement, s’est diversifiée, mais le quartier garde encore la trace très vivante de son histoire à travers le quadrillage régulier des artères, l’alignement méthodique des petites maisons, et surtout à travers les noms : la ville porte le nom de la fille Schneider : May. Les rues, où logeaient les ouvriers de l’entreprise, ont reçu le nom de personnes ou de lieux chers au patron des lieux.

L’essentiel  du travail a donc porté sur une ré-appropriation des lieux par les enfants.

Pour cela, ensemble, nous avons refait leurs trajets quotidiens: en allant à l’école (en bus, à pied, en voiture), ou en sortant de l’école comme le veut la chanson.

Nous avons rebaptisé les rues : chacun donnant à celles qui jalonnent son parcours, son nom, celui de ses parents, de ses amis, de son chat ou de son hamster –à l’instar de Schneider le fondateur.

Puis nous avons observé de près ce qui se passait pour eux au cours de ces trajets et quels étaient leurs repères. Deux choses sont très vite apparues:

–    d’une part, les enfants inventent en permanence de nombreux jeux, sur le trajet de l’école :  Jouer aux pétards. Shooter dans les cailloux. Sauter dans les flaques. Donner à manger aux canards le goûter du matin. Compter les arbres ou les maisons. Crier sous le tunnel pour que ça résonne. Dévaler la pataugeoire (si elle est vide) (variante : s’il a plu). Se prendre pour Tarzan dans les marécages. Dans le bus, regarder les gens par la fenêtre pour voir si on les connaît. Ecouter la radio dans la voiture pour voir qui reconnaît la pub ou les chansons en premier…

– d’autre part, c’est fou le nombre d’animaux qu’on croise quand on se promène à hauteur d’enfants : les chats du chemin des chats, les canards du canal, des grenouilles, des serpents dans les marécages, des vipères, paraît-il, il suffit que l’herbe frissonne sous le vent pour qu’ils vous assurent en avoir frôlé une, des lapins, un renard ( une fois)  un hérisson dans la haie, des chiens (dont un qui aboie tous les matins quand on passe devant l’immeuble qui est devant la pataugeoire), sans parler des insectes et même, une année, des méduses dans le canal.

Puis nous avons travaillé de près ces choses vues, inventées et entendues, à partir d’un repérage des sensations éprouvées par les enfants au cours de leurs trajets. Ensemble   nous les avons classées (par sens) et enrichies par une recherche systématique des mots les plus précis pour les décrire . Le goût du crocodile rouge, il est comment, par rapport à celui d’une frite au coca ? Et l’aboiement du chien du matin par rapport à ses cris du soir ? et l’odeur de l’usine à polluer d’à côté, par rapport à celle du kebab ou du safran ? Je dois dire que la précision de leurs remarques m’a souvent stupéfaite –et toujours amusée. En outre, je suis devenue imbattable sur les bonbons à la fraise et au citron, les éclipses à la menthe forte, les dragibus aux fruits rouges et les skittles aux fruits verts.

Enfin, ils ont rassemblé quelques unes de ces impressions, vécues ou imaginées, sous forme, tantôt de petites notations très brèves, tantôt de saynètes, pour faire de ces trajets du matin (ou du soir) un événement insolite.

Extraits :

En revenant de l’école, j’ai vu un chat dans le champ des chats : il avait trois pattes.

En allant à l’école, j’ai recueilli l’eau de pluie au creux de mes mains. Je l’ai bue. Elle était salée.

En arrivant à l’école, j’ai entendu mes copines se murmurer à l’oreille le Grand Secret.

En allant à l’école, dans la voiture, j’ai entendu à la radio des mots qui parlaient de pluie, de guerres, d’attentats, et aussi des chansons d’amour.

En allant à l’école, comme d’habitude, j’ai senti les odeurs des usines. Mais ce matin, elles étaient particulières : ça sentait le paprika.

Samedi matin, sur le chemin de l’école, en voulant toucher les big big africains de ma copine Fatoumata, je les ai fait tomber et ils se sont brisés. Dans l’après-midi, j’ai eu un malaise à l’école : c’était sûrement la Malédiction.

En sortant de l’école, cet hiver, j’ai mangé une glace à la neige.

(au moment de Pâques)  En arrivant à l’école, j’ai entendu la cloche sonner. J’ai sursauté. La terre a tremblé. Les œufs sont tombés. J’ai tout mangé. Et j’ai attendu avec gourmandise la prochaine récré.

En allant à l’école, il faisait encore nuit et j’ai aperçu un vieux renard roux qui fouillait les poubelles. Il en a sorti un enfant.

Etc, etc, je ne peux pas les citer tous, mais c’est bien dommage : vraiment, ces enfants, sur le chemin de l’école, ils racontent des choses incroyables !

Et je termine en saluant le travail de M. Marinigh : sa gentillesse et sa grande disponibilité d’esprit envers les enfants ont fortement contribué à la qualité du travail –et à son caractère très agréable.


Ella Balaert -compte rendu atelier d’écriture de nouvelles, thème « le fil » (diverses classes du Loiret)

 

Au moins, ici, l’objectif est clair, d’emblée : il s’agit de faire entrer les enfants dans l’univers des mots par d’autres voies que celles qu’ils empruntent habituellement.

Mots entendus : lors de la première séance, ils assistent à la théâtralisation, par une comédienne[1], d’une nouvelle de l’auteur invité, et retournent au spectacle le dernier jour, durant la « fête de la nouvelle ».

Mots lus : des recueils de l’association Clin d’œil circulent dans les classes

Mots écrits : ils vont devoir, à leur tour,  écrire une nouvelle.

Ainsi, au fil des rencontres, les enfants explorent cet espace ludique que découpent les mots dans le champ du réel. C’est vrai de tout atelier d’écriture. Sauf qu’ici, en plus, grâce au travail associé des comédiens, cela s’accompagne d’une réflexion et d’un jeu sur le passage de l’écrit à l’oral, du récit à la scène, de la tête au corps, de la page à l’espace scénique et gestuel.

Qu’on en fasse un grand cri [2]( colère ou joie qu’importe, pourvu qu’on ait l’ivresse) ou qu’on l’inscrive en silence sur l’intimité de sa page blanche[3],  le mot  s’aventure : il vient du rêve ou du réel[4], il vient de très loin ou de tout près, il circule, il voyage, il passe dans le corps, ventre, poitrine ou voix de tête, il file au bout des doigts, vole un instant dans les airs, se fait murmure intérieur ou clameur, se pose sur la feuille en bonne compagnie, enfin se fait texte  (invention ou  confession, qu’importe, pourvu qu’on ait la liberté).

Pour nous guider dans le labyrinthique travail d’écriture, cette année, le thème était : le fil.

Thème protéiforme s’il en est : les enfants n’en finissaient pas de s’amuser à dérouler, en tous sens, la bobine de ses significations possibles et à filer tout ce dont il est la métaphore !

Puis les séances suivantes ont permis d’élaborer des récits : peu à peu, les contours des personnages se dessinent, les événements se précisent, reste à trouver pour chacun, la manière la plus efficace de raconter l’histoire. C’est l’objet de la deuxième rencontre. Certains font le choix de récits linéaires, d’autres préfèrent enchâsser ou revenir en arrière…Certains écrivent à la première personne, d’autres à la troisième : tout est possible, pourvu qu’on sache pourquoi  et qu’on me le dise. Car l’intérêt est de rendre, chez ces enfants, l’écriture plus critique, c’est-à-dire aussi, toute lecture plus consciente.

Affaire de liberté, disais-je.

La dernière rencontre se consacre à la réécriture des textes (que j’ai reçus et lus chez moi entre-temps) : raturer, corriger, recommencer, eh oui, ce n’est pas toujours drôle au moment. Un seul de ces  textes, et encore, gagnera peut-être un prix ; mais peu importe au fond le résultat du concours, car tous rapportent à leurs auteurs, à la fin du labeur, une énorme et légitime fierté.

(Allez, encore une parenthèse : c’est que je ne cesse d’apprendre, au cours de ces rencontres. A réécrire, à me poser moi-même ces questions que je leur impose. Par exemple, cette année, j’ai découvert des choses à propos du lecteur. Longtemps j’ai cru que le Lecteur n’existait pas. Or, Il  existe : je ne cesse de le rencontrer dans les classes. Peut-être un jour m'adresserai-je à Lui? ) 

[1] Cette année, j’ai ainsi eu le plaisir de travailler avec Géraldine Godemer. Elle a joué Chers petits soldats lors de la première séance avec les enfants, ce qui a permis un échange réciproque, car en voyant jouer la comédienne et en se transportant, par la nouvelle interprétée, dans l’univers de l’auteur, les enfants découvrent le travail des deux personnes qui vont, à leur tour, les faire  travailler durant l’année.

[2] Au cours de ses exercices d’échauffement ou d’improvisation, Géraldine les fait rire et pleurer, crier, parler bas, se déplacer, courir ou ramper : bref, exprimer du corps et de la voix toute cette palette des sentiments humains que les mots aussi, à leur façon, explorent.

[3] Les enfants écrivent en général seuls ; parfois en groupes de deux

[4] Les textes écrits ont été très variés, oniriques et fantastiques pour certains, réalistes pour d’autres, inspirés de l’histoire ou de l’époque contemporaine.


Ella Balaert – compte rendu d’atelier d’écriture de nouvelles (thème de la Pacific 231)

J’ai aimé ce moment, lors de la première rencontre, où nous nous sommes promenés, avec les enfants, et un photographe, Olivier Aubry, dans leur ville (Sotteville, près de Rouen). On a des calepins, des stylos, des appareils photos. On collecte des images, on fait provision de mots. On partage la même promenade, mais avec des outils et des sensibilités différentes, alors on voit les mêmes choses mais on ne remarque pas les mêmes détails. On est sur le terrain des enfants – terrain de jeu, de vie. Je les laisse me guider.

Les séances suivantes ont été consacrées à l’élaboration de récits. Et là, c’est moi qui les guide, qui les amène progressivement sur mon terrain, celui des mots. Celui de la mise en forme et en histoires des « impressions vécues » lors de la première séance. A charge pour moi de proposer un lien, un lieu qui soit commun, un thème fédérateur, quelque chose qui unisse tous ces textes.

Ce fut la Pacific 231, mythique locomotive à vapeur dont nous avons visité le vieil atelier délabré. Les enfants ont fait des recherches, interrogé des témoins, fouillé des archives, invité dans la classe le président du club de sauvegarde de la Pacific. Et composé des récits réalistes, policiers, fantastiques, au gré des humeurs et  des personnalités. Certains ont rêvé, d’autres ont eu une approche plus technique : il y avait souvent des cheminots dans ces familles-là et ce fut l’occasion pour un fils, un petit-fils, d’interroger un adulte sur « sa » vie du rail.

Aux dernières nouvelles, il était même question qu’en récompense de leur travail, les enfants  fassent un petit voyage, dans la Pacific restaurée et rendue à ses rails!


Ella balaert: sur la notion d’intervenant (e) en ateliers d’écriture

Au fait, qui sommes-nous et  comment nous appelons-nous ? 

Des « intervenants » .  C’est ainsi que parfois en effet on nous désigne: « notre intervenante ». Ni nom, ni prénom. Normal, puisque nous faisons des « interventions ». Sans gyrophare et sans casque, nous intervenons dans la classe ou dans la bibliothèque, donc, en toute logique, nous sommes des intervenants.

Pourquoi pas. Va pour le masque – après tout, s’il s’agit d’apporter un peu d’oxygène… D’ailleurs, ne parle-t-on pas souvent d’ Opération? « Opération Voyages en ville » , « Opération oeuvres en cours »… 

Mais ce n’est pas innocent, cette appellation, malgré tout. Assez vague (générique, même, comme les médicaments ) pour couvrir un statut indécis: l’intervenant(e) n’est ni prof, ni grande sœur, ni confesseur, ni animateur social, à peine un technicien, quelqu’un dont l’identité sociale est problématique, et encore plus floue l’utilité , qui ne sait ni éteindre un feu, ni soigner un blessé, ni faire des acrobaties quoiqu’il fasse parfois  le clown, quelqu’un qui accepte de travailler pour gagner très peu par livre,  qui vient sans bagage, qui frappe avant d’entrer, qui entre, qui n’est pas psy, mais qui aide des mots à sortir, à se nouer sur une page, un cahier, un bout de papier, des mots qu’on ne savait même pas être là.  

Intervenants, donc. Pourtant, je ne suis pas sûre de partager l’image de l’écriture qui se joue dans ce mot. Un « intervenant » , ça donne des trucs, des techniques, des recettes : un personnage comme ci, une histoire comme ça, de l’action, une pincée de suspense et, cerise sur le gâteau, « la chute finale », refrain bien connu des aueurs de nouvelles.  Bonjour, bonsoir. Rien en amont (les participants aux atelier, a fortiori les enfants, savent qu’on a « fait des livres », mais c’est souvent très abstrait),  rien en aval (on ne reçoit pas toujours la version finalisée des travaux, la plaquette, le recueil, le livret des textes, par exemple). Comme me l’a glissé cette année une petite jeune fille, dans un petit mot qu’elle m’a très gentiment  remis le dernier jour: « madame, je n’ai rien lu de vous, mais vous êtes un écrivain formidable». Instrumentalisation maximale des écrivains (par l’institution).

Seulement voilà, l’écriture ne se réduit pas à une somme de simples techniques. Un(e) autre, à ma place, s’y prendrait tout à fait autrement.  Toute écriture a une histoire, et toute histoire est tramée, tissée dans du vivant. « Intervenant », ça ne vit pas beaucoup.

Ça aide à survivre.

Remarquez, c’est déjà ça.

E.Balaert, 2007

(Ce texte a été écrit après une série d’interventions « en zones sensibles », comme on dit pudiquement, où l’on attend des intervenants qu’ils bricolent en quatre ou cinq séances la solution miracle, qui va réconcilier avec la lecture, l’écriture, l’institution scolaire, bref, « le système »,  un groupe de jeunes en échec, en révolte, en rejet.  

Et pourtant, je continue mes « interventions », et chaque fois, j’y crois malgré tout: car il faut avoir croisé le regard de fierté d’un de ces jeunes qui parvient  à raconter une histoire, à choisir et déposer sur la page ses mots, à mener à son terme un projet  d’écriture, pour mesurer l’importance, à long terme, de telles actions. Un jeune qui est réconcilié avec l’écriture, c’est un jeune qui retrouve l’estime de soi et la confiance en ceux qui lui renvoyaient, échec après échec, une image négative de lui-même. C’est-à-dire à ses yeux nous, vous, la société, les politiques, et toutes formes de pouvoir.)  2011

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Partir, écrire, faire écrire… assorti de quelques notes sur la condition d’intervenant(e).

(Faut-il préciser que j’ai horreur de ce mot « intervenante »‘:   intervention, urgence, samu social, samu scolaire, il  ne nous manque qu’un brassard, à nous autres écrivains de terrain, ceux qu’on fait venir dans les classes, ceux qui acceptent d’y aller). 

 La route:

D’abord, il y a la nuit. 5 heures du matin. L’intervenante se lève tôt. Le noir se troue de quelques lueurs, le silence, de trilles d’oiseau. Ne pas réveiller les enfants. Tenir son bol de café à deux mains, même s’il brûle, en se concentrant sur l’arôme. Faire le plein des toutes premières sensations du jour. En ville, l’intervenante croise le camion-poubelle. 5 heures 25 à l’angle de la rue. Ponctuel, habituel, il y a quoi, dans vos sacs, messieurs du matin ? et dans celui de l’intervenante ? Plus loin, en traversant la forêt, qui sait, un sanglier lui coupera la route ou ce sera un cerf et ses biches – ça n’arrive presque jamais, mais l’intervenante espère toujours. Après la voiture un premier train, une ligne de banlieue. Dans celui de 5 heures et quelques du matin, flotte un silence extrêmement palpable. Les gens ont presque tous les yeux fermés. Menton sur la poitrine, ou tête renversée contre le dosseret du fauteuil et mâchoire tombante, ils prolongent leur sommeil. Encore fatigués de la nuit. Ou déjà fatigués du jour. Ils ne font pas riches. Ils ne sont pas vieux.

L’intervenante aussi ferme les yeux. On ne va pas se gêner à se regarder dormir. Pour eux, c’est tous les matins. Parfois, elle sent que c’est sur elle que pèse un regard. Elle se garde de vérifier. Que l’on pense ce qu’on veut. Chacun sa route, et tous dans le même train. Celui de 6 heures est déjà plus bavard. Femmes de ménage, employés, quelques cadres sans doute. Après 7 heures, la rame est  pleine, les vitres s’embuent, l’air pue le parfum et l’after shave, les portables sonnent. Il y en a qui lisent, d’autres qui déjeunent d’un croissant. L’intervenante se roule en boule sur son siège, la tête sur son sac et le manteau remonté comme une couverture jusqu’au menton. Jusqu’à Paris. Puis le métro pour changer de train, puis un taxi ou une autre voiture après l’autre train. Le chauffeur parle du temps qu’il fait, qu’il a fait, il y a un mois, il y a trois ans. qu’il fera, plus tard, dans la journée,  Si les prévisions sont bonnes. Par association d’idées, la phrase suivante exprime le degré de confiance que le chauffeur met dans ceux qui font la pluie et le beau temps dans notre pays. Les décideurs, les annonceurs, les politiques.  En général, l’intervenante se tait.

(…)

Plus tard dans l’année… L’intervenante reçoit les textes des jeunes chez elle.  Une trentaine par classe. Elle va les lire, les annoter, suggérer des pistes de réécriture. Les considérations littéraires court-circuitées, là encore, par des interrogations évidentes, essentielles : comment ne pas les heurter. Ne pas les vexer. Ne pas intervenir trop dans leurs textes : intervenante, le mot est laid, et la chose a ses limites. Ce sont leurs mots, c’est leur style. Ne pas « unifier », ne pas couler dans un moule, dans un uniforme, dans la norme scolaire.  Mais indiquer quand même comment améliorer. Et pousser certains à se fatiguer un peu. Leur montrer que ça vaut le coup. (Et ne pas penser, pendant tout ce temps, au propre travail de l’intervenante. Ne pas penser qu’elle n’est pas payée de ces heures, de ces jours de lecture, et qu’il va falloir qu’elle trouve ailleurs les sous pour ses propres gosses, quelle idée, aussi, d’avoir trois gamins quand on est intervenante. Ne pas penser qu’elle-même n’écrit pas, pendant ce temps, les textes qu’elle a en tête. Penser à la beauté du geste. A la bonne cause. Penser, tiens, penser aux gens tassés sur leur fauteuil SNCF, le matin, à cinq heures. )

On se revoit une dernière fois. Pour  écrire  (c’est déjà pas mal), pour réécrire (carrément courageux), pour ré-ré-écrire (pur héroïsme).

Retour :

18 heures : taxi, train, métro, train etc… Quand l’intervenante rentrera chez elle, ses  enfants auront mangé, elle espère que le petit dernier ne dormira pas encore.

Ella Balaert, 2005
 
( J’avais prévenu: quart d’heure de découragement)
 

Allons, il y a quand même du festif, et même de l’émouvant dans ces rencontres. Les gâteaux et les crêpes maison, le thé chaud dans la thermos, à l’arrivée,  et quand je repars le soir, j’ai les poches lourdes de bonbons, des ours et des crocodiles, multicolores et caoutchouteux, je n’aime pas trop, mais c’est si bon, on partage, je les donnerai à mes enfants, on prolongera la fête.

–  Bon, d’accord, c’est satisfaisant pour l’ego, mais l’écriture ?

–   J’y viens, j’y viens.

C’est important, cet horizon des mots. Cette ligne commune vers laquelle nous marchons, nous roulons, en train, en voiture, et sur laquelle, bientôt, durant une heure ou deux, nous accrocherons, ensemble, quelques phrases, quelques histoires. On s’attend, on s’interroge, on s’imagine. Eux, je ne sais pas quoi, « écrivain »,  je n’ai pas envie de savoir ce qu’ils mettent dans ce mot, j’aurais trop  peur de ne pas être à la hauteur. Ce n’est pas une question d’ego, ils se font souvent  une fête de recevoir quelqu’un chez eux, sur leur terrain, dans leur école, dans leur langage, dans leur imaginaire, dans leurs rêves,  cette année, ils étaient en primaire, en 4ème, en 2nde, en 1ère , en terminale,  et dans toutes les classes, il y avait, dès le seuil, comme un appel d’air chaud, une attente. Toujours différente, toujours forte.

 –         Mais l’écriture ?

–         Ah oui, écrire…. :« Ecrire m’a prouvé que j’étais capable de faire quelque chose d’à peu près bien » « ça m’a prouvé que j’avais quelques idées qui avaient du sens », « je suis fière d’avoir réussi à écrire une nouvelle avec mes amies », « On nous avait dit qu’on était des incultes littéraires » .

Quelques retours d’expérience parmi d’autres, mais qui suffiraient à justifier les moments passés ensemble, cette réconciliation, avec leur écriture, des plus malmenés par leur environnement,  tantôt social, tantôt familial, tantôt scolaire et souvent tout cela ensemble). Il fallait monter dans ce train, ce matin. Ne serait-ce que pour ces quelques mots.

 Et pourtant le pas hésite encore, et même un peu plus, la fois suivante. Je perçois de moins en moins bien le rôle qu’on attend de moi . J’irai le jouer, bien sûr : je vais sur le quai comme vont tous ces gens de la gare Saint-Lazare ou de la gare d’Austerlitz,  me répétant que si ça a un sens pour tous ces gens-là, d’aller prendre un train à 6 heures du matin, ça en a un aussi pour moi, forcément, et qu’importe, dirait la chanson, si ce n’est pas le même à chaque fois.

Et puis un jour, je le reçois en pleine figure, par courrier. Un professeur m’envoie, avec les nouvelles dactylographiées et agrafées de ses élèves, une feuille sur laquelle elle leur a demandé de dresser le bilan du travail d’écriture que nous avions mené en commun. Rien que du très gentil, au bout du compte (c’est sans doute pour cela, pour me faire plaisir, qu’elle me l’a envoyée). « au début, ce n’est pas évident, mais après, c’est plus facile » ; « j’ai trouvé cela amusant…j’aurais pensé que c’était plus dur que cela », « ça n’était pas si dur que cela », « le fait de s’intégrer dans la peau d’un écrivain m’a paru, au premier abord, quelque chose d’insurmontable et tout compte fait, c’est très simple »…

Alors je comprends ce qui me gêne. Je suis extrêmement heureuse d’avoir, un moment, suspendu le jugement qui pèse au-dessus de certains d’entre eux (les plus déconsidérés par l’institution scolaire); heureuse d’avoir aidé à débroussailler le chemin qui les mène, tous, à leurs mots. Mais au prix de quelle image de l’écriture? Ecrire leur paraît « facile, simple,  amusant » ! Dans le pire des cas, c’est « difficile, mais rigolo quand même ». Alors tout à coup, je ne suis plus du tout sûre d’avoir si bien réussi que cela. J’ai envie de leur dire, attendez, il y a erreur ! Ecrire, c’est en baver, à chaque étape, c’est perdre beaucoup plus de certitudes qu’on en gagne, c’est un casse-pipe, une humiliation permanente, quand le mot ne vient pas, quand ce n’est pas le bon, quand le manuscrit vous est retourné, quand dix livres, en vitrine, n’empêchent pas une gamine de mourir de faim  à quelques heures de là, ni une femme de se faire battre par son mari. 

Mais bon, ce serait méchant. Ils m’ont ouvert leur porte, ils ont écrit, et j’ai des bonbons plein les poches. Ils sont contents, qu’est-ce qu’il me faut de plus?

 Et quand j’y repense, c’est vrai que par moments, on s’est drôlement bien amusé.

Ella Balaert, 2000

(texte écrit pour la Maison des Ecrivains)


Ella Balaert, atelier d’écriture de textes sur le thème « commencer, finir » ( Tergnier)

D’abord, il y a l’ambiance, qui n’est pas celle d’une classe. Une vingtaine d’enfants, de la 6ème à la 3ème. Ils se connaissent, mais de loin. Ils connaissent la prof, mais ne l’ont pas (pas forcément) en cours de français. Ils sont tous volontaires. C’est donc l’écriture qui nous rassemble, qui va nous révéler les uns aux autres, nous faire rire, nous prendre à la gorge, nous faire suer, sang et encre, quand il faudra raturer, biffer, recommencer.

Commencer, justement : tel était le thème de l’année. Et finir.  Thème infini, pourtant, qui nous plonge dans des abîmes de réflexion, de rêverie, de spéculation amusée. Où commence le commencement des choses ? Et leur fin ?

Au début, on joue. On se pose des questions à la Kipling sur des origines fantaisistes, des devinettes rigolotes. Il était une fois. Mais pourquoi est-ce que ce sont les femmes qui portent les enfants ?

Puis on ne joue plus : on se prend au jeu. Au début était le Verbe. On consacre plusieurs séances à l’élaboration de mythes. Les dieux, c’est nous. La terre, c’est nous qui l’inventons. Les premiers hommes, c’est encore nous. Et les derniers aussi. Les tout derniers survivants, à regarder de très loin le dernier nuage de petite poussière, c’est nous.

Et l’ambiance est toujours là. On apporte des livres, des bonbons, des boissons. On travaille et on fait salon. Lire, écrire, manger, réécrire, mâcher ses mots, tout ça, c’est du gâteau… Et à la fin, petite cerise tout la-haut, on lit son texte aux autres, on cherche comment l’illustrer.

Cinq après-midis, ça passe vite.

Il a fallu finir.

Mais l’an prochain, c’est sûr : on recommence !


Ella Balaert, compte rendu: ateliers d’écriture de nouvelles sur le thème de l’autre (Diverses classes du Loiret)

Hiver 2002. Courage. N’ayons peur de rien : avec des jeunes du Loiret,  deux secondes et une quatrième, on va parler de, on va écrire sur … « l’Autre ». Rien que ça.

L’autre, différent, et dont l’altérité séduit ou effraie ; l’autre, semblable à moi, tellement même que je m’y perds, que dans le miroir l’image se brouille, s’abime, s’altère, au point que je ne m’y reconnais plus. Et si l’autre le plus autre gisait au plus profond de moi ? Certes, voici une idée qui me met hors de moi (car on est là pour s’amuser, aussi, un peu)!

Allons, décidément, ce thème m’inspire. Quoi de plus « normal », d’ailleurs ? Puisqu’il pose en son énoncé même la question de la norme. Qui est celle de l’écriture. Ecrire, n’est-ce pas altérer ? Rebaptiser ? Recréer ? Changer les choses ?  Le monde, peut-être ?

Dans le train du petit matin, les idées se bousculent un peu. J’ai la tête pleine d’un peuple d’autres. Et d’idées de lectures, de films. Je vais tout leur déballer, tout leur balancer, tout ce que l’autre me dit, me suggère, me murmure au creux de l’oreille. Je vais les saoûler, les sonner. Parce que l’autre, c’est immense, c’est grouillant, c’est infini. Parce que l’autre, c’est la vie même.

La porte s’ouvre. Je reste une seconde au seuil de la classe. Ça me gifle en silence : l’autre, c’est moi. Et en face, les autres, ils sont vingt, ils sont trente, attentifs et  curieux.

Faut y aller. J’entre.

 


Ella Balaert, compte rendu: atelier d’écriture de textes sur le thème de la Terre (Tergnier)

Nous avions déjà, les années précédentes,  proposé aux enfants d’écrire sur « la couleur » –et pour ce faire, inventé des textes oulipiens – ainsi que sur « le commencement du monde » –et à ce titre, modestes  démiurges, participé à des créations de mondes, rien que cela. Cette année, je les ai retrouvés avec plaisir, les jeunes de Tergnier, autour de « la Terre ».  Nous avons parlé de notre planète, d’un bleu certes un peu délavé, mais bien jolie encore, tout de même, et sur laquelle cela vaudrait la peine de veiller un peu. Comme j’aime bien amener quelques lectures, et comme j’aime bien faire de la pub aux copains, je leur ai mis une histoire de Sigrid Baffert entre les mains. On a décortiqué son synopsis, ses personnages. On a travaillé son art de l’intrigue. Et l’envie nous est venue d’écrire, ensemble, un  récit à sa manière.

L’écriture à plus d’une dizaine de plumes est un exercice un peu aléatoire. Il ne suffit pas, aux enfants, d’avoir des idées ni de l’énergie, même si cela vaut mieux ; il ne leur suffit pas d’avoir deux ou trois bons amis dans le groupe, même si ça aide ; il ne leur suffit pas de « savoir écrire », voire « d’être bon en français »,  au contraire, même, parfois, pas toujours, faut pas non plus tomber dans l’excès inverse. Il faut en plus, il faut surtout, savoir écouter les autres, savoir renoncer à sa manière de voir les choses, éventuellement même, trouver le copain carrément plus génial que soi, ne serait-ce que  pour mieux entendre ensuite la petite voix qui vient du fond de soi-même.

Résultat, et comme ici ils savent très bien s’entendre,  on a très bien avancé, dans la bonne humeur et l’efficacité. De la recherche de la documentation (sur les états de la terre)  à l’écriture à proprement parler (des textes brefs, un petit polar): que de la fluidité, de bonnes trouvailles, des idées de personnages ou d’anecdotes vraiment sympas chez les enfants, et quelques bonnes séances de rires, partagés avec les profs présents.

Mais ma plus grande fierté vient de ce que Catherine Teyssedou m’a dit à la fin : qu’elle avait entendu, pour la première fois, parler des enfants qui d’habitude n’ouvrent jamais la bouche.

Allons, pour porter des jeunes de cette trempe, « la terre » n’est pas en si mauvais état, c’est rassurant.

 

 

 

 

 


Ella Balaert, atelier d’écriture: les couleurs (Tergnier)

Que serait un monde sans couleurs ?

L’hiver, la route qui mène à Tergnier est grise, à peine verte à l’aller ; noire au retour, à peine trouée de phares jaunes : ça fait du bien, en arrivant là-bas, de voir la vie en  rose (moins à la manière de Piaf que de Baudelaire).

Mon roman pour enfants, Les passions de Johan (dans lequel un personnage se teint une mèche en bleu) a donné lieu à une lecture.

Puis nous nous sommes plus à composer des récits autour de personnages noirs (ou rouges, ou bleus)  et d’événements roses (ou jaunes ou verts..), peignant la palette des sentiments humains de toutes les couleurs de la vie –et parfois de la mort-

D’emblée très amusés, les enfants ; puis salutairement déroutés, mais toujours tout joyeux – et à 6 heures du soir, quand tous les copains sont déjà devant leur télé ou dans un bon bain chaud, ils ont du mérite ! Ils ont entre 11 à et 14 ans, à peu près, ne se connaissent pas très bien (ils viennent de plein de classes différentes)  mais un petit peu quand même . La plupart, sauf les 6ème bien sûr,  participaient à l’atelier de l’an dernier, et surtout, ils sont tous volontaires : de là cette alchimie particulière, que l’on ne rencontre pas toujours dans les ateliers imposés à des classes entières par leur prof en titre.

Alors bien sûr, je ne joue pas les rabat-joie. Je fais même un peu le clown. Ils auront bien le temps d’apprendre plus tard, s’ils continuent, que l’écriture n’est pas toujours aussi drôle qu’il y paraît ici ! On n’a qu’une enfance (même de l’art).

Je les ai donc laissés très fiers, la dernière séance, quand sonna l’heure de lire les textes, à voix haute, devant les copains –précédant de quelques mois celle de dédicacer pour les parents, les journalistes locaux et les curieux du collège, les plaquettes où ils auront rassemblé tous leurs écrits.


Ella Balaert, atelier d’écriture « Oeuvres en cours » à Champigny

Champigny sur marne, 11 heures du matin.

On s’intimide réciproquement. J’incarne à leurs yeux la chose écrite, normative, officielle, souvent mise à distance par les institutions, voire  interdite, même,  pour certains; et devant eux, je vais parler d’un travail en train de se faire, ses tâtonnements et ses moments d’exaltation.

Pas n’importe quel travail : le roman  que j’écris en ce moment n’est pas facile. Sujet douloureux, composition délicate, en parler n’est pas facile, devant eux encore moins, et qui plus est à voix haute, et dans son inachèvement.

Ils ont commencé à lire Quand on dix-sept ans, me posent des questions dessus. Je ne sais pas l’image que je vais leur envoyer  du métier, durant ces quelques séances, mais je sais leurs a priori sur la question. Ils me les ont dits: un écrivain, selon eux, c’est quelqu’un de « fermé, renfermé, isolé, solitaire, austère, sans vie de famille ». « Un rêveur », « qui a de l’imagination, des idées dans la tête, des opinions sur tout ». « Une grande culture, des références et des citations plein la bouche ». « Quelqu’un de spécial ». « Qui fait des crises d’hystérie devant la page blanche ». « Les écrivains d’aujourd’hui s’intéressent à l’argent, et à la politique ». Leur imaginaire de l’écrivain sort aussi tout droit des manuels et des cours sur le XVIII ème siècle. « L’écrivain veut changer le monde, l’améliorer, c’est un philosophe, qui fait voir le monde autrement ». Mais « il se sent impuissant à changer le monde ».

En ce qui concerne leur écriture, le travail a consisté à concevoir, organiser, écrire, un roman collectif qui travaille les variations de regards (un prof de français dirait de point de vue) . Ils se heurtent ainsi aux difficultés qui sont les miennes en ce moment, dans mon « oeuvre en cours », et qu’ils ont aussi pu analyser dans le roman Quand on a dix sept ans.

Je ne parle ici que des difficultés techniques, de méthode de travail et de choix d’écriture. Mais il y a les autres difficultés. Le lycée n’est pas très drôle, le quartier n’est pas marrant. Un jour, la moitié des élèves sera absente (surtout les filles): la veille, un jeune du lycée a reçu un coup de couteau dans le ventre, un ministre s’est déplacé sur le terrain, avec journalistes et gardes du corps. « On ne parle de nous que dans ces cas-là », soupire une jeune fille, qui demande à sortir à l’infirmerie: elle a des  crampes au ventre.


Ella Balaert, compte-rendu d’atelier: écriture d’herbiers (Maromme)

Le thème choisi par les enseignantes concernait « les jardins ». Et notamment les jardins ouvriers proches du lycée, que nous sommes donc allés visiter afin de préciser le travail.

De l’envie de ramasser et de collecter des plantes, est alors née l’idée de faire écrire aux jeunes des herbiers. A chaque groupe le sien, pourvu qu’il ait un style, un ton, une identité forte et reconnaissable entre toutes.

 Et là, je dois dire que je tiens à saluer la bonne volonté de cette classe de jeunes gens. Ils avaient entre 15 et 18 ans, ils étaient  pris dans les mouvements lycéens anti CPE et avaient, pour un bon nombre d’entre eux, manqué le lycée pendant plusieurs semaines (ce qui reportait, à chaque fois, au dernier moment, nos séances)  et ils avaient, a priori, tout à fait autre chose en tête que de fabriquer un herbier…

Et pourtant…la magie a opéré, une fois de plus – si, par formule magique, on entend ce mélange d’enthousiasme, d’énergie et d’inébranlable foi dans leurs capacités à faire quelque chose (ce qui rend n’importe quel jeune désireux de conduire à son terme à peu près n’importe quel projet). 

Au final : une exposition de tous les herbiers, comprenant la rédaction de fiches techniques et/ou  fantaisistes sur un certain nombre de plantes réelles et/ou fictives, la fabrication matérielle de l’herbier et sa mise en scène. Herbiers magiques, des 5 sens, du voyageur, herbier gourmand, etc…, il y en avait de tous les styles, pour tous les goûts. Les élèves étaient très fiers, très légitimement fiers, les enseignantes (merci à elles d’avoir tenu bon et de n’avoir pas ménagé leurs efforts) ravies de voir le travail abouti, et de voir que les parents, invités pour l’occasion, s’étaient même déplacés, apportant pâtisseries et boissons. Dans ce lycée, dans ce quartier,  c’est rare, paraît-il, mais pour une fois, on ne les convoquait pas pour dresser de leurs ados un tableau catastrophique. 

 (Quelques aperçus du résultat dans le diaporama)

 


Ella Balaert, compte rendu de l’atelier d’écriture: bestiaire fabuleux (Rouen)

Peut-on faire écrire des tout-petits ?  Ils ont six ans à peine, pour certains, dans ce CP de centre ville. Tracer sur la ligne la moindre phrase leur prend dix bonnes minutes et lorsqu’ils écrivent, très appliqués, très concentrés, leurs préoccupations  exclusives sont formelles –et coercitives : ne pas dépasser de la ligne, ne pas faire de faute d’orthographe, et pour cela désespérément chercher des yeux  le modèle de la maîtresse…

Et pourtant… ma réponse est oui. Et même un oui enthousiaste.

Oh, bien sûr, on écrit d’abord, on écrit beaucoup, oralement. Mais l’écriture ne se confond pas avec la graphie. Et si le travail du texte commence avec le choix du mot, sa couleur, son chant, ses implications, et sa façon de se marier aux autres, alors, naturellement, avec les plus petits, rien n’empêche ce travail-là de se faire d’abord dans un échange oral. Et un échange ludique (j’avais amené un jeu de cartes, représentant des animaux, qui nous a bien aidés à en inventer de nouveaux, et bien amusés!)

Nous avons donc écrit des histoires fantastiques, avec les enfants de Pottier. Partant des photos qu’ils avaient prises lors d’une promenade en ville –et qui nous imposaient les lieux et les décors de nos histoires – nous avons imaginé des animaux fantastiques –qu’ils ont ensuite créés, en volume, avec leur maîtresse, pour un résultat plastique tout à fait magnifique. 

Quant aux textes eux-mêmes, mettant en scène des Zémeaux rayés, un Zébou à bois de cerf et autres Chamards et Salareaux, ils témoignent des grandes ressources imaginatives des petits.

Si petits qu’ils ne sont pas encore bridés – on dit souvent formatés– par l’inlassable  répétition des mêmes  types de personnages que certaines émissions et certains jeux vidéos leur offrent.

Et comme dit la chanson de Caussimon, Moi bien sûr, je souhaite tout bas, que ça dure

 ( Quelques photos du résultat sont visibles dans le diaporama.)


Ella Balaert, compte-rendu de l’atelier d’écriture, le tour de ville de deux enfants (Bonsecours)

Ici, lors de notre première promenade en ville, l’idée de l’institutrice était d’abord de faire avec les enfants une sorte de guide de le ville de Bonsecours.

Cette classe entretenant en effet une correspondance avec des jeunes d’autres pays  ( ils échangent des photos, assorties de commentaires sur leur école et leur cadre de vie) , le parcours que nous avons suivi était balisé par les principaux bâtiments ou monuments de la ville :  poste, mairie, piscine, école, basilique, casino etc…Comme des photos furent prises, qui montraient  la ville officielle,  je décidai de faire observer aux enfants tout ce qu’ils voyaient qu’un guide touristique classique ne mentionnerait pas.

De retour en classe, le projet a donc rapidement évolué : un guide, certes, mais sous forme de conte, qui suive les aventures en ville de deux enfants : un genre de Tour de France de deux enfants, en moins pédogico-moralisateur et en plus ludico-merveilleux.

A partir de là, tout est allé à la fois très vite et très facilement, les enfants débordant d’idées et d’enthousiasme. Nous avons travaillé ensemble le canevas du récit et ses différentes étapes :  soit deux enfants (José et Maria, bien sûr, du nom de leur école) dans leur grenier, ils découvrent un jour un parchemin (une carte de Bonsecours) et, juste à côté, une  vieille malle. Ils l’ouvrent, se penchent, et  tombent dedans…chute, tunnel, passage initiatique de l’autre côté du miroir , bref, ils se retrouvent sur la place de la poste de Bonsecours, avec pour mission de ramasser, en chaque lieu, des indices leur permettant de découvrir, à la fin, un trésor. Tout ce qu’ils savent, c’est qu’ils doivent suivre des traces d’animaux –puisque nous avions repéré en ville, que ces fichues bestioles étaient partout, du logo de la poste au nom même du plateau des Aigles, en passant par le jeu du loup des cours d’école, le vacher de l’espace Lavallée, les gargouilles de la basilique, le titi du porte-clef de la maîtresse et bien sûr, la grenouille de pierre géante sur la place derrière l’église.

Résultat : un guide fabuleux, c’est-à-dire un conte, alerte, écrit à plus de vingt mains, avec les rebondissements et le merveilleux propres au genre –qui soit aussi une promenade à travers les principaux monuments de la ville.

La présentation de ce texte devait, aux dernières nouvelles, se faire sous forme d’exposition  (soit en ville, soit dans la cour de l’école) combinée avec les photos : il était question de panneaux, plantés dans de grands pots, portant, d’un côté, les photos d’un lieu et de l’autre, le chapitre correspondant au même lieu.


 


Ella Balaert, compte-rendu de l’atelier d’écriture sur le Bleu (Sotteville)

« La vie en Bleu ! », aurait pu s’écrier le professeur de français, en paraphrasant Baudelaire par les rues de Sotteville, ce matin de novembre 2003. C’est en effet autour de cette couleur qu’elle a choisi de nous réunir.

Nous partons en ville avec pour consigne de repérer les traces de bleu dans le paysage urbain, son mobilier, ses façades, ses vitrines, panneaux, enseignes, logos, peintures, plantations, et même les voitures ou le caban d’une passante. Nous regardons partout, levons les yeux vers le ciel –bleu- ou les baissant vers les marquages au sol –bleus aussi, les flèches et les dessins, emplacements réservés aux personnes handicapées. Je porte un saphir au doigt et, sous mon grand manteau, noir hélas, un jean et un pull bleus. Histoire de me mettre au parfum – de lavande, bien sûr.

En cette première séance, on cherche donc le bleu sous toutes ses formes, on prend des notes et des photos, on se pose les premières questions : tiens, beaucoup de bleu dans les enseignes de banque : l’argent n’a pas d’odeur mais il aurait cette couleur ? beaucoup aussi dans les uniformes : personnel municipal, gendarmes : le bleu aime l’ordre ? le pouvoir ? les réponses viendront plus tard, des enquêtes en bibliothèque, des commentaires croisés du prof d’arts plastiques et d’histoire.  L’heure est à la traque, à la quête, à l’enquête. On n’a pas de loupe, ni la célèbre casquette de Sherlock Holmes (d’un vert à petits carreaux qui n’aurait d’ailleurs rien à faire ici) mais le cœur y est et des guirlandes bleues de Noël à la couverture bleue du document fourni à l’accueil de la mairie, rien ne nous échappe. On prendrait bien en photo les passants vêtus de bleu, mais ça leur fait peur, aux braves gens, ces jeunes –pas tous très blancs, qui plus est- qui les interpellent . Une peur bleue, même. Et ils pressent le pas, en serrant leur sac sous le bras, sans laisser aux enfants le temps de leur demander pourquoi ils aiment le bleu et s’ils acceptent d’être photographiés.

Lors de la séance suivante, nous partons des planches contact et des tirages de leurs photos.  L’enquête se poursuit, version polar : ces photos, ce serait le message que nous aurait laissé un agent secret –avant de disparaître mystérieusement- pour prévenir les habitants de Sotteville de quelque chose. A nous de lire, interpréter, mettre en relation, décoder. Cette voiture  bleue en premier plan, elle doit vouloir signifier quelque chose, mais quoi ? et cette flèche bleue au sol, où cherche-t-elle à nous mener ? Trois courts récits sortiront de ce travail.

Libérée de l’obligation de production finale d’un texte en bonne et due forme par le discours de Marjolaine à la Maison des Ecrivains (merci, Marjolaine ! ) je consacrai les deux séances suivantes à des jeux littéraires et oulipiens autour du mot BLEU. On recueille la matière, les expressions comprenant le mot bleu, les mots contenant le son « ble ». Et bien sûr, on engrange les objets, les personnages, les sensations liées à la couleur etc… Tout ce qu’on a vu en ville, et ce qu’on aurait pu y voir. Un florilège de phrases, à laquelle chacun contribue, est ainsi constitué, qui devrait donner lieu à une exposition sous forme de mobile dans le hall du collège. Et comme les jeunes se sont photographiés, en pied, les uns les autres, tous vêtus de bleu, il est question d’accrocher aussi ces portraits au milieu des textes. Ainsi, ce sont toutes ces images, au sens « poétique » et photographique du terme, qui devraient se balancer dans l’espace : « Le compta-bleu  acheta une Audi-bleue », « Quand j’entends les sirènes des gendarmes, je deviens coupa-bleu », « Quand je dis bleu, je vois une baleine qui mange un cordon bleu », « Un chartreux coupa-bleu un colibri », « Panne de courant : le fusil-bleu d’un casque bleu a sauté », « Quand je lui dis bleu, elle m’aima-bleu », « Quand je dis bleu, le colibri raisonna-bleu », « Ils rêvèrent-si- bleu », « Un jour, un sot – lut – bleu ».

Au bilan, soyons modestes , les textes sont inégaux, et soyons contents : les jeunes (13-16 ans), en (très grande) difficulté scolaire,  ont accepté de jouer le jeu, les jeux que je leur ai proposés. Qu’ils en soient remerciés, ce n’était pas évident.  Sans trop rechigner. Sans ricaner trop fort. Ils ont laissé le « bleu » dériver à travers eux, traverser les mots, engendrer des récits farfelus, des expressions bizarres, des phrases dénuées d’un sens premier et identifiable. A l’âge où il est si important de ne pas paraître ridicule aux yeux des autres ! Et dans une classe (dont un tiers a déjà redoublé, au moins, une fois) où le travail, l’écriture, la concentration, tout ce qui se fait dans un cadre formellement scolaire, est si mal vécu ! 

En l’absence de la prof, dans les petits groupes  de travail, le niveau des décibels grimpait,  le niveau des blagues baissait. J’écoutais. J’essayais d’attraper le fil au vol. Difficile de demander aux jeunes de s’amuser avec mes mots et de ne pas rigoler avec les leurs ! Pour que la rencontre se fasse, il faut aller les uns vers les autres. C’est fatigant, c’est bruyant, au moment j’ai l’impression d’avoir tout faux, de faire dans la démagogie et qu’on n’y arrivera jamais. Et puis, petit à petit, ils se sont lâchés. Ils sont fâchés avec l’écrit ? d’accord, on fait avancer le récit avec des dialogues, rien que des dialogues, on fait parler les personnages, toute l’information passe par ce qu’ils disent, on n’a pas une phrase de description, pas une de récit. Chiche.  Et on écrit ce que les personnages disent: on travaille vraiment l’oralité, mais on le fait à l’écrit.  Ils n’en reviennent pas, en une heure, ils ont écrit une page et demie. Les mêmes, la fois suivante. Autre jour, autre contrainte : faut varier les plaisirs –les exercices. Je crains le pire: j’apprends que le conseil de classe vient de décider qu’une bonne dizaine d’entre eux, dans un mois, sera « réorientée » comme on dit pudiquement quand les individus ne supportent plus un système scolaire qui ne les tolère pas davantage. Ras le bol réciproque.  On parle chanson, « Je lui dirai des mots bleus », chanson d’amour, mièvreries. J’apprends en cours de route qu’un autre des « cas » de la classe cumule les ennuis : échec scolaire, drogue – classique – mais aussi plus récemment, problèmes sérieux de harcèlement sexuel envers une gamine.  Lui, c’est pas ce genre de bleus qu’il lui donne, à la gamine.  Le compta-bleu  acheta une Audi-bleue , pourtant, c’est de lui, ce jour-là.  Et la prof qui s’absente pour rencontrer les parents d’un autre des « agités », comme ils disent. Ça ne le calme pas, le gamin, de savoir qu’on est en train de régler son sort dans une salle à côté.

Quatre fois deux heures. Pour eux, c’est énorme. Je leur dis, en partant, à quel point je suis contente d’eux, des efforts qu’ils ont fournis,sur un terrain qui leur est si défavorable.  Ils ne m’écoutent pas : c’est l’heure de la cantine, mais je veux croire quand même que certains m’auront entendue.

 


Ella Balaert, compte-rendu des ateliers d’écriture sur le thème « j’ai dix ans » (dans différentes clases du Loiret)

Enfin ça y est, j’y suis: Orléans, Cléry, leurs collèges, salle de cours ou cantine,  tout le monde descend, tout le monde se retrouve.

Tout le monde, c’est-à-dire, le premier jour: Géraldine Godemert, la comédienne, moi, et le petit gars un peu frappadingue qui collectionnait ses soldats dans l’histoire qu’on a racontée, moi en l’écrivant, Géraldine en la jouant. Plus les jeunes du collège, attentifs pour la plupart, attendant je ne sais quoi, que je ne suis pas sûre de savoir leur donner.

Cette année, on va travailler sur la phrase « j’ai dix ans ». Le théâtre Clin d’œil fête ses dix ans, ce sera donc le thème de nos rencontres. Pas question d’ouvrir les ateliers sur la chanson de Souchon. Même en version remastérisée, remixée années 2005, même sur fond de Fender, ou DJté et formaté MP3. Beaucoup trop ringard. Tiens, même ce mot, ringard, ça fait vieux. Dépassé, démodé, has been…Out. Nul. Même leurs propres 10 ans, à eux qui en ont 13 ou 14, c’est antédiluvien !

10 ans, l’âge de l’intronisation, de l’initiation en majuscule,  le passage aux deux chiffres et au siège avant de la voiture.  S’agit de bien boucler sa ceinture, désormais. (Nouvelle : un gamin de 10 ans tout fier de monter devant, à côté de son père. C’est la première fois. Ses rêves, ses attentes. Dis papa, on fera ci, et ça…et puis je vais pouvoir…Accident. L’enfant défiguré. Ou pire.  Faudrait pas grandir. )

Bon, ils sont là, à Cléry, à Orléans, et je ne vais pas les démoraliser, non plus. Ils n’ont pas besoin de cela. Je veux dire : de moi pour cela. Font ça très bien tout seuls. 13, 14 ans, l’âge de regarder devant eux, droit devant eux, pourtant ils regardent de biais, ou de travers, parce que l’avenir leur fait peur. Alors j’hésite à leur demander de jeter un oeil par-dessus l’épaule, se retourner, faire le point, leur premier bilan, peut-être ? 10 ans, un âge une frontière, souvenez-vous les enfants…trop grands désormais pour… et enfin assez grands pour…L’âge des grandes décisions -tous les jours de ses dix ans, comme un premier janvier au matin. Et les vieilles peluches qui retournent à la poussière et les libertés toutes neuves qui attendent qu’on fasse quelque chose d’elles. De bien, si possible, et c’est ça qui leur paraît mission improbable, justement. Parce qu’ils ne voient pas l’avenir en rose, ces ados, ni en toute autre couleur, d’ailleurs. En rouge, peut-être. Pas le rouge des drapeaux, celui des polars de séries B. ça gicle fort, si on n’y veille : s’agit de réagir. Allez, on s’amuse un peu. On sort de soi. « Je » n’est pas moi. Je est un enfant, mais pas français. je n’est pas contemporain. Je n’est pas un enfant, mais un adulte. Je n’est pas humain, mais un animal. Un matou, un petit chien, un lion dans la savane. Je est un objet, un machin, un vieux truc un peu cassé. Un joujou, un doudou. Qui parle. Qui dit « j’ai dix ans ». Qui dit à leur place ce que ces jeunes ont envie de dire.

A savoir qu’à tout âge, on se demande ce qu’il y a, derrière le prochain virage.

 Le travail :

Autant le dire tout de suite : la mise en route de l’atelier n’est pas facile-facile. Avec un groupe de 25 à 30 ados, ce n’est déjà pas toujours évident, alors devant un mégagroupe de plus de 50 personnes !  Difficile de les immerger, tous, 1 heure et demie durant, dans une ambiance propice à ce qui devra, très bientôt, devenir écriture. C’est-à-dire, a priori pour beaucoup d’entre eux, quelque chose qui tient de la rédac et du contrôle de français – surtout si le travail est ensuite noté par l’enseignant. J’essaie d’obtenir la promesse qu’il ne le soit pas. Je ne sais pas ce qu’il en sera.  Pour l’instant, j’aimerais qu’on rêve, qu’on divague, si possible qu’on s’amuse. Je lance le thème dans la salle, comme une petite balle, qui rebondit de l‘un à l’autre, grossit et s’enrichit, ici d’une image, là d’un mot. Techniques habituelles d’animation. Je procède par association, décomposition, transposition. Le but est de faire émerger le maximum de débuts d’histoires possibles, de silhouetter une foule de personnages dans le brouillard. Pour l’instant, on esquisse. Même pas : on s’échauffe les méninges, on se stimule l’esprit, on s’excite un peu les papilles de  l’imagination. L’exercice est difficile. Pour moi, qui les guide et me laisse pourtant mener sur leur territoire. Pour  les enfants, car il y faut du tact, de l’écoute et du respect. Si certains (et sur plus de 50 personnes, forcément, il s’en rencontre toujours) si certains commencent à ricaner, à reculer, à sortir du cercle, ça casse tout, en installant chez les autres la honte, la gêne et  l’inhibante peur du ridicule…. « La tyrannie de la majorité », sous-titre un livre[1]édifiant sur le poids qu’ont à supporter ces jeunes. j’espère ouvrir un tout petit espace de liberté à chaque minorité.

Mais devant 50 personnes… Il faudrait faire la morale, de la discipline et tout ce genre de choses. (Après tout, on est dans une école, ça ne surprendrait personne). Continuer avec ceux qui font montre de bonne volonté : les autres, les laisser sur le côté. (Après tout, ils n’ont qu’à changer d’attitude). Remplir le  contrat, achever la séance tant que bien que mal. (Après tout, on n’est pas si bien payé pour ce travail qu’il faille y laisser sa peau). Oui, c’est sans doute ce qu’il faudrait faire. Ce qu’il faudra, une autre fois, peut-être. Sauf que si je renonce à les faire écrire, eux surtout qui n’en ont pas le goût, ni l’envie, ni l’assurance, autant renoncer à écrire moi-même. Parce que c’est bien de cela que nos textes sont faits, aussi, de peurs, de hontes, de gênes, de colères, de pudeurs et de provocations.

 Et parce que finalement, à leur place, je ne sais pas comment je me serais comportée. Allons, il faut que je réussisse à leur donner le courage d’écrire, sinon je n’aurai pas celui de continuer.

 Le travail, suite :

Et puis Noël est passé. Quand on s’est revu, chacun avait une idée précise de son  personnage et des événements. Ensemble, par petits groupes, on retravaille l’idée. Les personnages sortent du brouillard, les ambiances se précisent. Tout le monde s’y est mis, bon an mal an et les plus rétifs découvrent avec bonheur la fierté d’avoir inventé, eux aussi, quelque chose. Je partage leur joie, bien entendu, même si je sais que le plus dur est encore devant : mettre leur histoire en mots, sur le papier. Je le leur dis. Pas comme ça, mais cela revient au même. Beaucoup protestent, et sans les ménagements équivalents. Ils en resteraient bien là, au stade de l’idée, de l’histoire, du résumé.

Je reçois les textes quelque temps après.  Une centaine à peu près. je vais les lire, les annoter, suggérer des pistes de réécriture. Les considérations littéraires court-circuitées, là encore, par des interrogations évidentes, essentielles : comment ne pas les heurter. Ne pas les vexer. Ne pas intervenir trop dans leurs textes : intervenante, le mot est laid, et la chose a ses limites. Ce sont leurs mots, c’est leur style. Ne pas « unifier », ne pas couler dans un moule, dans un uniforme. Mais indiquer quand même comment améliorer. Et pousser certains à se fatiguer un peu. Leur montrer que ça vaut le coup. (Et ne pas penser, pendant tout ce temps, à mon propre travail . Ne pas penser que je ne suis pas payée pour ces heures supplémentaires, ces jours de lecture, et qu’il va falloir que je trouve ailleurs les sous pour mes propres gosses, quelle idée, aussi, d’avoir trois gamins quand on est intervenante. Ne pas penser que moi-même je n’écris pas, pendant ce temps, les textes que j’ai en tête. Penser à la beauté du geste. A la bonne cause. Penser, tiens, penser aux gens tassés sur leur fauteuil SNCF, le matin, à cinq heures. )

On se revoit une dernière fois. Pour  écrire  (c’est déjà pas mal), pour réécrire (carrément courageux), pour ré-ré-écrire (pur héroïsme). Dans les salles, il  y a des tas d’enfants fictifs, ils se baladent entre les tables, d’une feuille à l’autre, ils ont dix ans en général, mais pas toujours et pas seulement, il y a des bestioles et des objets aussi, des jouets, un tam-tam. Un nounours. Et puis des gens jaloux, des pauvres, des amnésiques, des contemporains, des hommes de la préhistoire, des enfants qui travaillent ou qui font la guerre, d’autres qu’on castre ou qu’on initie à la vie adulte dans la joie, la peur, la douleur et l’humour, tout ça ensemble, bien sûr. Ça en fait, du beau monde, dans les collèges de Cléry  et d’Orléans! Ça grouille comme la vie, et en costumes d’époque, s’il vous plaît ! Alors je peux repartir, sans bruit, je vais vais reprendre mon train, mon métro, ma voiture, mais eux, ils restent entre eux, derrière les murs du collège et je veux croire qu’ils ont encore des tas de choses à se raconter[2].

[1] Cultures lycéennes, Dominique Pasquier, éd. Autrement

[2] J’ai rédigé cette partie de mon compte-rendu avant la proclamation des prix de la nouvelle : je ne savais donc pas, en écrivant, que Marin le nounours (1er prix) et le personnage de Sara, dont la mémoire et la vie basculent à 10 ans dans un accident de voiture (2ème prix) seraient récompensés.

[3]Et petite perle de sucre sur la cerise : quelques jours plus tard, une lettre des enfants, pour dresser le sympathique bilan de l’année. L’un d’eux me remercie d’être aussi « passionnée ».  Le mot passion me fait réfléchir .J’en parlerai une autre fois.



Ella Balaert – compte-rendu d’atelier d’écriture: carnets du randonneur (Roncherolles)

Ici, dans cette petite école rurale, l’ambiance est encore tout autre. Paisible, sereine. Le projet de l’institutrice est très clair. Un sentier pédestre, qui part de l’école et part en campagne, est en cours de réalisation. Mon travail consistera donc  à aider les enfants à écrire, d’une part,  un « carnet du randonneur » collectif, d’autre part, des carnets individuels. 

 Je me suis donc fait décrire les lieux : village, vallon, forêt-. Puis j’ai invité les enfants à ordonner leurs impressions, leurs sensations, à dire j’ai vu, j’ai entendu ; j’ai touché, ramassé ; j’ai senti, reniflé. J’ai même mangé.  On a rempli un grand tableau  à double entrée. On a mis de la couleur, pour la troisième dimension , et continué de classer:  les éléments, terre, air, feu, eau;  les animaux, la faune;  la flore; les hommes, les objets fabriqués de main d’homme.

J’explique que cela (la raison,  et même un esprit un peu mathématique) ne s’oppose pas à la poésie. Dans la boîte à outils de l’écrivain, il y a des souvenirs, des images, des rêves, des sensations et des tas de mots à mettre dessus grâce aussi à d’autres textes. Et pour preuve, j’ai amené des tas de dictionnaires, synonymes, analogies, rimes etc… Je partage les textes de Pérec, Maupassant, Roubaud, Guillén et quelques autres. Carnets de randonnée : promenades en langage.


Ella Balaert – Compte rendu de l’atelier d’écriture: roman collectif sur le thème de l’eau (Rouen)

Nous ne faisons pas ce que nous voulons, en atelier : force est de nous adapter aux volontés, bonnes ou mauvaises, des enfants : ce fut ici un cas d’école, sans jeu de mot. Peut-être pas pour le meilleur, d’un point de vue littéraire, mais sans doute l’atelier a-t-il utilement dépassé et déplacé ses limites et ses attributions initiales.

Le projet des instituteurs consistait à suivre le parcours de l’eau dans le quartier de l’école, les rues avoisinantes, les églises, deux fontaines, jusqu’au jardin de l’hôtel de ville. Un architecte donnerait les explications utiles. Les instituteurs ayant travaillé le conte, et notamment le soldat de plomb, dans lequel un poisson avale la figurine tombée dans une bouche d’égout, il fut décidé de faire écrire, par tous les enfants ensemble, un récit. Je consulte les enfants : au conte, ils préfèrent de loin le polar. Je les préviens que le sang ne coulera pas à flot dans notre roman – après tout, notre sujet, c’est l’eau, pas le sang – mais sinon, c’est d’accord, il y aura enquête. Quant au crime du début, à défaut de pouvoir égorger au couteau de cuisine rouillé, d’étrangler à la ficelle de boucher et de tirer à la kalachnikov dans un tas de bébés innocents[1], ils décident de raconter la fabuleuse invasion de leur école par des bestioles affreuses, dans le patrimoine génétique desquelles se croisent les araignées de Harry Potter et les monstres du Seigneur des anneaux .

Reste à trouver un coupable et  un mobile, avant de passer à l’élaboration du scénario. Et là, au moment des votes, ça s’est compliqué. Car il est apparu lors de cette séance que les enfants avaient énormément de mal à accepter la loi du travail collectif: chacun ne voulait suivre que son idée, et trouvait  nulle –pour le dire plus poliment que certains d’entre eux- celle des copains. Impossible d’avancer de toute la première heure. Et oui, cela arrive aussi. L’alternative est claire,  soit on renonce au travail collectif –l’individualisme triomphe, la communauté y perd et il n’est pas sûr que les récits y gagnent; soit on s’obstine. Je suis têtue, l’instit aussi: on continue.

pour ne frustrer personne, je propose d’intégrer au récit les idées qui n’ont pas été retenues comme moteur principal de l’histoire. Le coupable sera le directeur, comme prévu par la majorité des voix. Mais les autres coupables désignés par les suffrages peuvent être envisagés comme autant de fausses pistes, en cours de route. De la sorte, chacun peut écrire le morceau du récit correspondant au coupable pour lequel il avait voté, même si, au dénouement, ce n’est pas le bon. C’est finalement la solution qui prévaut. Mais après combien de discussions et de parenthèses citoyennes sur la nature et l’intérêt du suffrage universel ! En fin de séance, je demande que les enfants, aidés de l’architecte, se renseignent sur le circuit réel de l’eau dans la ville et sur les personnes qui peuvent  effectivement, en raison de leur métier, avoir accès au réseau. Le parcours de l’eau motiverait ainsi réellement le changement de lieu, d’épisode et le travail de documentation des enfants accompagnerait et enrichirait leur travail de fiction.

Les séances suivantes ont permis à chacun d’apporter sa touche au récit, et finalement, c’est bien tous ensemble que l’on aura réussi à travailler les personnages, leurs caractères et la cohésion du texte. 

La dernière séance a été l’occasion d’une lecture à voix haute, par chacun, de son bout de texte. Je redoutais un peu les rires moqueurs des uns et les soupirs des autres Mais non : ils ont bien vu, en se confrontant eux-mêmes à la même difficulté, qu’inventer, écrire, mettre des mots sur des idées, des silhouettes, des ambiances, ce n’était pas facile, alors ils écoutent beaucoup plus, beaucoup mieux, les copains. Et ils proposent des corrections, des améliorations, dans un esprit enfin bienveillant.  Enfin, pas d’angélisme : disons, mieux-veillant.

Et ça, c’est une sacrée réussite, à laquelle je me raccroche, dans le train du retour, pour ne pas désespérer.

[1] Ce n’est pas que je veuille les censurer au nom du politiquement correct. Mais enfin, je leur montre, aux plus convaincus, qui sont ausi ceux qui parlent le plus fort, que l’idée n’emballe pas tout le monde, loin de là, et qu’il faut en tenir compte. Je leur explique aussi que d’ailleurs, ce n’est pas trop  mon truc,  le trash, le gore. Ils tombent des nues. Presque aussi surpris que quand je leur dis que je n’ai pas la télévision chez moi.

Sauf que rélexion faite, ça les rassure, ce dernier point: ils le savaient bien, que je venais d’une autre planète.


Ella Balaert – Atelier d’écriture : totems et scénettes sur le thème de la Rencontre (Sotteville)

Il en va des rencontres  de travail comme de la conjonction, au sein d’une éprouvette, de solutions chimiques : la réaction, fulgurante parfois, d’autres fois plus lente à se disséminer dans la fiole, donne lieu à des jeux de couleur toujours intéressants à observer, qu’ils soient explosifs ou qu’ils explorent patiemment toutes les nuances et les dégradés de leur palette.

Mettons sur un même projet, parfois dans une même salle, une institutrice (Sandrine Plouard)  une poignée d’élèves pleins de vie et de curiosité – quoique celle-ci ne soit pas toujours tournée vers des objets scolaires ou perçus a priori comme tels- et un ou deux individus armés d’inoffensifs outils, stylo et  appareil photo (isabelle Lebon et moi-même): l’alchimie opère, toujours, inévitable et imprévisible à la fois, parce que ce sont eux, parce que je suis moi, parce que c’est comme ça -et j’en suis, chaque année, toujours aussi émerveillée. 

 Ah, j’ai un petit faible, je l’avoue, pour ce travail sur la rencontre. Pour plusieurs raisons. Parce qu’il a été réellement conçu (d’emblée, dès la réunion préliminaire)  et ensuite porté, collectivement. l’institutrice souhaitait que les enfants pussent aller au devant des gens de leur quartier ; la photographe a proposé de réaliser de grands portraits sur pied : des sortes de  totems, morceaux de corps ou de paysages, représentant des habitants du quartier; j’ai suggéré de rrécrire les interviews obtenus auprès de ces habitants et de les mettre en scène.  Réaction immédiate, de l’ordre de ce que les chimistes appellent le précipité : un joyeux festival de couleurs, de rencontres, de formes et de mots.

Première séance : nous élaborons le questionnaire auquel soumettre les habitants à interviewer. On travaille à partir du questionnaire de Proust. On change des questions, on en ajoute, des rigolotes, des plus intimes, des plus sérieuses aussi –notamment sur la rue, le quartier, ses changements.

Séances suivantes: les gens ont été interviewés. Ravis, coopératifs, diserts pour la plupart. C’est déjà un succès, que cette fructueuse rencontre entre des enfants et quelques voisins. Il s’agit maintenant de dépouiller les interviews pour en extraire et, en partie, en reformuler, la savoureuse moelle. Ce qu’on garde et pourquoi. Ce qu’on ajoute et comment. Des « figurez-vous que… » et des « je vous avoue que… » qui feront transition et passage du monologue au dialogue. Des « Ah bon ? » et des « Mais comment cela ? » plus vrais que nature. Les gamines prennent des allures de comploteuses sur un pas de porte. On s’amuse des réponses. On entre dans les interviews.  Et toi, Merill, c’est quoi, ta recette préférée ? Bien entendu, je subis moi-même le questionnaire.

Dernières séances : on « met en scène », modestement, le résultat. Les totems photographiques,  au début, se tournent le dos. Les réponses sont distantes. A la troisième personne. Il y a même un totem muet. Ça tombe bien, dans la classe, il y a aussi un enfant timide, ravi de l’aubaine, qui n’a pas très envie de jouer une scène, ainsi, tous les enfants auront participé.

Je commence par quelques exercices appris au théâtre, du temps où j’en fréquentais les coulisses. Des échauffements, des déplacements pour habiter l’espace, des chuchotements, des cris, des vociférations pour se mettre en bouche. Puis on travaille les « scènes » : il  en est prévu quatre, pour passer, puisque tel est notre objet, de l’absence de Rencontre à la Rencontre maximale, le dialogue généralisé, où tout le monde parle à tout le monde. Il est même prévu que, le jour du passage du jury, les enfants interrogeraient les passants.

Merci à Sandrine Plouard de m’avoir raconté la suite. On est si souvent frustré, privé, en dépit des promesses, de la version « finalisée » des travaux, que ce fut un réel bonheur de recevoir des photos (cf dans le diaporama général) et les impressions des enfants. Ils avaient appris leurs textes. Très impressionnés, ils avaient néanmoins réussi à jouer leur partition.  Ils étaient ravis.

Et moi donc.


Ella Balaert – atelier d’écriture La chasse aux mots en ville! Le Havre

Présentation par Stéphane Tihy, directeur de l ‘école Courbet du Havre:

« Voyage en ville : tous dans le bus !!
 
 Ella Balaert, écrivain, est intervenue dans la classe.

Les élèves sont montés dans le bus pour aller chasser des mots. Ainsi, plus d’une centaine de mots ont été cueillis.

Les mots ont été attrapés à travers la fenêtre : des mots en couleurs, des enseignes, des panneaux publicitaires, des affiches, des graffitis… Les mots sortis de la bouche des voyageurs ont aussi été collectés.

Une fois la chasse et la collecte terminées, les textes se sont construits par collages, sous forme de sketchs. Ce qui a été produit est d’une forme inattendue. Les textes sont  drôles, intéressants et franchement passionnants !

Ces mots sont devenus des dialogues…Mais des dialogues de sourds !

Un peu comme si vous lisiez «Un mot pour un autre» ou «Les mots inutiles» de Jean Tardieu… ».

S. Tihy

extrait:  Dialogue de Tina et Fatima , aide-soignante et footballeuse

 – Aide-soignante : Tiens, le bus océane ! Quel bel âne ! Oh ! Pardon gros dindon ! je vous ai marché sur le pied ! Désolée, saleté !

– Footballeuse : Ce n’est pas grave, je suis footballeuse, voleuse! Et d’ailleurs, c’est le printemps des petits prix !

– A : Vite, en cas de danger manger le robinet de secours ! Faîtes moi confiance, je suis aide soi soi, aide gnan gnan, aide soignante.

– F : Merci, mais j’en ai pas besoin coin, coin !

– A : Oh, mais quelle belle voiture rose !

– F : Eh ! Moi aussi j’ai des choses roses, comme mon tee-shirt et mon chewing-gum rose !

– A : C’est louche, parce que depuis toute à l’heure cette personne marmonne comme une bretonne et change de trottoir chaque soir ! Je crois qu’elle est malade, sale salade, je vais devoir l’aider !

(Voir aussi le cahier des charges du projet Voyage en ville ici.)