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Fictions de rue (20) : Meute sentimentale

La manifestation commençait à 23 heures.

David de la Mano (2)

En tête avançaient les jeunes, en manteau noir et robe blanche, des racés, âpres au gain et joueurs. Pressés d’arriver, d’en découdre et de tailler dans le vif, ils fonçaient en cassant tout sur leur passage et en menant grand tapage. Derrière eux venaient leurs pères, non sans une certaine lenteur de molosses, déterminés et sérieux.

À quoi dut-il de savoir que les Anciens, eux aussi, étaient là ? Pas au bruit, car ils étaient silencieux. Mais ils poussaient tout le monde devant eux, du nez, du bec, d’une crosse, d’une pique ou d’une fourche. De tout ce qui, venu de loin, venu de jadis, venu de l’enfance, assaille et attaque.

Quand il se réveillait, il lui fallait de plus en plus de temps pour rendre à son chenil la meute de ses cauchemars. Un effet de l’âge, peut-être. Ou de son époque.

David de la Mano (1)

Paris – David de la Mano


Fictions de rue (19) : Sur la route

Fictions de rue 19

La nuit commençait à tomber. La femme se tenait debout, sur la route, sans un sou, avec sa chemise d’hôpital sous le manteau.

Un camion approcha. Elle ne le héla pas, elle ne manifestait pas non plus l’intention de traverser – pour aller où, du reste, se demanda le chauffeur, en face, n’y a qu’ des champs, et encore des champs. Le camion ralentit. Le conducteur jeta un œil à sa feuille de route. L’homme reprit de la vitesse. Le vent qu’il déplaça en croisant la femme ouvrit son manteau et chiffonna sa longue tunique blanche.

La voiture roulait vite sur la route. Lorsqu’il entrevit la silhouette d’une pâleur  lunaire sur le côté, l’homme força son allure. Il avait reconnu la longue liquette blafarde des hôpitaux.

La femme entendit la moto avant de la voir arriver. Le moteur lancé à fond trouait la nuit de ses crépitements d’étincelles. Elle se boucha les oreilles. L’homme en la dépassant hurla quelque chose à son intention et accéléra.

Le grand cerf avançait lentement sur la route. Arrivé à la hauteur de la femme, il s’arrêta : inclinant ses grands bois devant elle, il l’invita à monter sur son dos.Franck-20Duval-20bis-1-

Ce qu’elle fit.

Paris – FKDL