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                       La-lettre-déchirée-2012-(il                                                   

La Lettre déchirée (Flammarion)
Fait partie de la « Liste des lectures recommandées » par le ministère
de l’Education Nationale.  Vor la fiche de la DEGESCO ici: http://eduscol.education.fr/cid83185/liste-litterature-pour-les-collegiens.html%20?mddtab=23251&page=2
Stéphane, 13 ans, ne sait toujours pas lire et
le cache soigneusement, honteusement,
à tout le monde.
Mais il est difficile de garder longtemps un tel secret.

Quand on a dix-sept ans (Rageot)
Roman choral, qui raconte 10 mois dans la vie de 10 jeunes:
leurs envies, leurs espoirs, leurs rêves, leurs déceptions…

 Quand on a dix-sept ans

  Balaert, Les voiles de la Liberté - couvBalaert, Le pain de la Liberté, Gulf Stream -couv

Et toujours, les aventures de Jean Bellenfant  et de sa soeur Alix, à la veille de la Révolution française:
Les voiles de la Liberté et Le pain de la Liberté, aux éditions Gulf Stream.
8 septembre 2014: Après dix-sept années de chantier et quelques imprévus de
toute dernière heure, l’Hermione (ou plutôt, sa reconstitution à l’identique) a enfin
été re-mise à l’eau en port de Rochefort… L’Hermione: cethermione1-86c8dte superbe frégate, dirigée par le commandant de Latouche-Tréville, sur laquelle navigue
mon moussaillon de Jean aux côtés de
La Fayette et du docteur Philippe Malville
dans le roman Les Voiles de la Liberté, éditions Gulf Stream (2009, 158 pages)
J’aime tant imaginer qu’à son bord,
le  fantôme d’un gamin de quinze ans
est venu, le nez au vent, respirer l’air de la
liberté en glissant à Pierre, mousse comme lui
et son complice : “Alors, ça y est,
nous v’là embarqués de nouveau…”.
Comme en ce 10 mars 1780
Autres titres (épuisés), disponibles directement auprès de l’auteur (voir rubrique « Contact »)
Castagnette (Flammarion)
Pianissimo, Violette! (Flammarion)
Les passions de Johan (Lito)
Mais où est donc Marco Polo (Bastberg) 
Bisou du soir, bisou bizarre (Soc et foc)

 

 Balaert, Bisou bizarre, couvBalaert, Marco Polo, couvBalaert, Johan, couvBalaert, Castagnette (0)Balaert, Pianissimo, Violette! Flammarion, couv


Nouvelle en ligne: Ella Balaert, Chers petits soldats

Aujourd’hui, 23 octobre, papa m’a offert le dixième soldat en plomb de ma collection, ce qui veut dire que ça fait neuf ans que maman et lui se sont séparés. C’est un soldat d’infanterie allemande de la deuxième guerre mondiale ; il est en tenue d’hiver.

J’ai eu onze ans voici vingt-trois jours exactement. Papa n’était pas là. Pourtant, c’était un samedi et ça n’arrive pas tous les ans, que mon anniversaire tombe en fin de semaine. Mais ce n’était pas un bon week-end.  On n’a le droit de se voir que les week-ends A, et c’était un samedi B. Je le sais parce que les semaines B, j’ai piscine au collège et j’y étais allé la veille. Cinq fois vingt-cinq mètres nage libre. Facile. Pourtant, je déteste l’eau. Il n’y a pas d’exception pour les samedis d’anniversaire: A, c’est papa ; B, c’est piscine et maman.

Maman, mais aussi l’oncle François, l’oncle Emmanuel et tata Christiane, Emilie, Jonathan et Karine, mes cousins, la vieille voisine, Papé et Mamé: dix, ils sont. Tous en chœur, joyeux anniversaire, bougies et applaudissements. J’ai craché sur le gâteau en soufflant les bougies. Ils n’ont rien vu. Ils n’ont rien dit, en tous cas. Peut-être que ça se remarquera sur le film. Ça ne changera rien. J’ai tous les droits, les jours d’anniversaire. J’ai filmé Mamé devant son bouquet de roses. Papé lui en offre une par an, qu’elle fait sécher dans son grenier. Elle en est à cinquante-deux, j’ai compté. Elle a gloussé quand je lui ai dit le chiffre, oh la la, Mamé, cin-quan-te-deux roses!  Elle a rosi. Je déteste les fleurs. Cinquante deux ans qu’elle est avec Papé, je le crois pas.

Et le samedi A suivant, papa avait une réunion. M’a-t-il dit.  Une réunion un samedi, je me demande jusqu’à quand il me prendra pour un con. Il me fait le coup deux week-ends sur trois. Résultat, je n’ai eu mon cadeau qu’aujourd’hui.

Papa, ce sera le numéro onze.

Toujours le même cadeau et toujours le même topo. C’est précieux, ça coûte cher, c’est pas un jouet, faut que j’en prenne soin, quand je serai grand, ça vaudra une fortune et bon anniversaire, petit. Il m’a offert le premier soldat, un poilu de la guerre de 14-18 le jour où il a quitté la maison, pour mes deux ans. Je l’ai tout de suite bouffé. Grands cris, pleurs, injures et, pour finir, une radio à l’hôpital. Guerre des trachées : maman ne retrouvait plus la figurine, elle croyait que je l’avais avalée. En fait, je l’avais recrachée et elle l’a récupérée sous le tapis le lendemain. Evidemment, je ne m’en souviens pas. C’est elle qui me l’a raconté, qui me le raconte tous les ans. En riant. Ah ah, le jour où ton père est parti vivre ailleurs et où t’as failli mourir, ah ah. Et aussitôt après, bouhouh, les grandes eaux.

Quand j’y pense, je crois bien que l’oncle Emmanuel a vu que je crachais sur le gâteau. Il me filmait, en contre-plongée s’il vous plaît, gros plan sur le héros du jour. Sur le héros tout court. Avec eux, c’est facile. Papé ne regarde que Mamé, Mamé ne regarde que ses roses, les filles ne s’intéressent qu’à leurs poupées, maman ne voit que moi et Jonathan, ben, Jonathan aussi ne voit que moi. Il a cinq ans, il me colle partout, il croit tout ce que je dis. Il n’y a que mes oncles et tante. Eux, je ne sais pas trop ce qu’ils pensent. Un prof de maths, un comptable et une conseillère d’orientation, merci du cadeau ! J’ai entendu maman s’engueuler avec eux, une fois.  J’en voyais déjà assez comme ça, j’étais suivi et elle était assez grande pour savoir ce qu’elle avait à faire, criait-elle. Reprenons :

1 : j’en vois assez. Dépend de quoi. Des gens qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, des profs principaux et des secondaires, des conseillers, des psy, des pédagos et tout le toutim, j’en verrais moins si je pouvais, et je regarderais plus de films à la télé le soir, plus de jeux sur ma console et plus de filles à poil, aussi.

2 : je suis suivi. C’est vrai. Quand je marche dans la rue, j’entends d’autres pas derrière moi. Même rythme, mais un peu décalés. Une fraction de seconde après les miens et la nuit, quand je passe sous un réverbère, je vois une ombre sur le sol. De plus en plus grande et au moment de m’avaler, pfft, disparue ! Si je m’arrête devant une vitrine et que je fasse semblant de regarder quelque chose à l’intérieur, je surprends toujours le reflet de quelqu’un d’autre, un peu plus loin, qui me regarde.

Mais non, je déconne. Je sais bien ce qu’elle veut dire. Je vois déjà assez de spécialistes et je suis suivi par un psychologue, une heure par semaine.  Au début, je ne me méfiais pas. Maman sortait le papier, les crayons, les feutres, la peinture. On dessinait côte à côte, elle, des bouquets de fleurs sur une table, qu’elle badigeonnait de couleurs pâles. Moi, ce qui me passait par la tête, ce que j’avais vu à la télé, n’importe quoi, des scènes de combat, des guerres intergalactiques, mon poilu au Kosovo, déchiqueté par une meute de loups, des Tigres et des Junker 88. Je m’amusais, quoi. Et puis un jour, paf ! qu’est-ce que je retrouve sur la table de mon psy ? Mon dessin de la veille.

Depuis, je dessine des bouquets, comme maman. Pourtant, je déteste les fleurs. Pas des gens en train de mourir: des natures mortes.

Maman est contente, toi, tu vas mieux, dit-elle.

C’est pour le psy que j’invente des histoires de  gens qui me “ suivent ”. Mais il ne comprend pas le jeu de mots. Il ne se sent pas visé. J’en rajoute, faut dire : je décris des hommes en imperméables noirs, de gros colosses,  pitbulls au poing, casqués, qui parlent avec un accent étranger. Je dis qu’il y en a un qui ressemble à mon père : ça lui plaît bien, à mon psy. Il m’a demandé si ces hommes me faisaient peur, j’ai hésité, ça lui a laissé le temps de noter quelque chose dans mon dossier, puis j’ai dit que non . Il n’a pas eu l’air convaincu. Pas plus peur que vous, j’ai ajouté, pour qu’il comprenne l’allusion et qu’il voie que tout ça, c’étaient des bobards. Il n’a rien dit.

Le psy, ce sera le douzième ; sa secrétaire, qui me fait toujours poireauter debout, la numéro treize.

3 : ma mère est assez grande pour savoir ce qu’elle a à faire. Là, je ne sais pas. J’ai des doutes. 1,62 m, il n’y a pas de quoi faire la fière. Un mariage raté et la fichue manie d’acheter des chaussures hors de prix. Elle les range dans son placard. Elle les porte à peine. Elle croit que je ne le sais pas, mais le banquier la convoque une fois par mois. Moi, j’ai mes soldats, elle, ses chaussures. Bon, pourquoi pas ?

Tout cela pour dire que mon oncle Emmanuel et surtout ma tante, ils me regardent souvent sans rien dire. Des fois, je leur parle, ils ne me répondent même pas. Ils prennent un air très intelligent, ils échangent un regard, ils me sourient.

J’ai horreur de leur espèce de douceur : pire que du miel. Ils traitent maman en gamine et moi en débile léger. Je me souviens, une fois, je devais mettre le couvert pendant qu’ils se goinfraient de gâteaux apéritifs. Il y avait d’un côté les plus grands, trop grands pour bouger leurs fesses, faut croire,  et de l’autre les plus petits, trop petits pour m’aider. Et au milieu, moi, et ma corvée de couvert. Avec pour toute récompense une cacahuète de temps en temps, hop, attrape, comme un singe.  Pas content, j’avais renversé la pile d’assiettes. Alors ma tante, te fais pas plus méchant que tu n’es, elle m’a dit. T’es un peu perturbé, c’est normal, ce n’est jamais drôle pour un garçon de ne pas avoir son père près de lui. Et sur ce, elle me passe la main dans les cheveux, doucement. Caresse d’électricité. L’horreur. ça crépitait de partout sur ma tête. Pire qu’un champ de bataille. J’aurais préféré une baffe. J’ai quitté la pièce. Perturbé, n’importe quoi, pouvait pas m’aider à dresser la table, plutôt ?

Pas léger, le débile : profond. Profond, que je vais la leur mettre, moi. ça leur apprendra.

C’est un sergent d’infanterie qui m’a donné l’idée.  Je l’ai tout de suite trouvé faux, fourbe, mesquin. En plus, il tient son arme d’hast comme un balai, c’est à se demander s’il s’apprête à nettoyer la porcherie ou s’il combat vraiment dans l’armée de Louis XIV.  Dès que je l’ai reçu, j’ai eu envie de me débarrasser de lui. Mon père m’a expliqué qu’il aurait préféré un officier ou un fusilier des gardes françaises, mais le marchand n’en avait plus. Ce serait pour l’année suivante. Mais l’année suivante, il a craqué pour la cavalerie anglaise et m’a offert un dragon léger de 1800, sanglé dans sa veste bleu marine, l’air d’avoir des cors aux pieds dans ses hautes bottes. Sous son casque à cimier, il n’arrivait pas vraiment à avoir l’air terrible, un genre de hoplite britannique devant une tasse de thé. Pas étonnant que Napoléon n’en ait fait qu’une bouchée.

Et de six, m’a dit mon père en me l’offrant, le jour de mes sept ans.  Six ans que je suis parti,  bonhomme, et t’ as déjà l’âge de raison ! Je ne te vois pas grandir, bon anniversaire quand même. A se demander ce qu’il fête, mon anniversaire ou son départ. Maman, c’est pareil. Un baiser pour mon anniversaire et aussitôt après, une larme pour mon père. Mais comme elle pleure pour un rien, je ne fais plus attention. Papa, lui, on dirait que ça l’amuse, toi, tu collectionnes les soldats, moi, c’est les femmes, ah ah , qu’il m’a dit aujourd’hui en me pinçant la fesse gauche. Il paraît qu’il a une nouvelle petite amie. Une blonde. Numéro quatorze, la blonde.

L’année du dragon, quand même, j’ai râlé. C’est vrai, quoi, il ne met aucun ordre dans ce qu’il fait. Un coup c’est un Anglais, un autre, un Français. Il y avait eu un arbalétrier croisé belge, si ça n’avait pas été écrit sur la boîte, je ne l’aurais pas cru, ainsi qu’un arquebusier moustachu du XVI ème siècle, un bouffon, en pantalon bouffant, puis un grenadier monté de la Garde Impériale, sans compter le soldat d’infanterie de ligne, pipe au bec et poil au menton, de la première guerre mondiale. N’importe quoi. Je crois que mon père prenait la première figurine venue dans le magasin, et basta. Alors on s’est mis d’accord. Une collection, ça se réfléchit. Je ne voulais rien d’antérieur à la deuxième guerre mondiale. Rien à faire des armes anciennes, ils avaient tous l’air déguisé. Je voulais me spécialiser dans la guerre de 39-45. Je lui ai même fait une liste. Je veux:

Un chasseur-parachutiste  de la campagne de Crète,

Un soldat de l’Afrikakorps,

Un général allemand, la main gauche dans le dos, à la main droite un cigare, côté 1223 dans le catalogue,

Un soldat d’infanterie de la Luftwaffe,

Un canon antichar de 88 et ses servants,

Un pilote de la légion Condor et son navigateur –devant leur stuka, ce serait encore mieux,

Un aviateur et son Messerschmitt,

Un panzerschreck, la terreur des chars, et ses servants.

Pour commencer.

Au début, il a fait une drôle de tête. T’es sûr, qu’il m’a demandé ? C’était pas des gentils, tu sais, pendant la guerre. Toujours à me parler comme si j’avais deux ans. J’ai pris l’air con, ben oui, mais les nazis, finalement, on les a eus, c’est pour ça !

Il n’a pas pu refuser : les rites, c’est sacré. Il m’avait promis une figurine de plomb, à chaque anniversaire, le jour de son départ. Il m’a juste fait jurer de ne pas le dire à maman. Ça, c’est facile, maman ne met jamais le nez dans mes soldats. D’abord, ça ne l’intéresse pas, ensuite, ça vient de mon père.

Et voilà pourquoi, aujourd’hui, j’ai reçu mon soldat d’infanterie. Pas compliqué, mon père, il les prend dans l’ordre de la liste, ça lui simplifie encore plus le travail. Bon anniversaire, mon petit, une portion de frites – une grande, quand même – à la cafétaria de l’hyper, et hop, emballé, l’anniversaire.

J’aurai quinze ans, quand il m’aura offert toute la liste.

Je crois que ça suffira.

Je sais déjà où je trouverai le reste du matériel. Au collège, j’ai un copain dont le père est vigile. Il a une arme de service, je le sais, je l’ai déjà vue. Mon copain est d’accord, il me la prêtera.

J’aurai quatorze figurines de plomb, une vraie petite armée, bien disciplinée, bien entraînée. Alors, pan ! Je leur montrerai ce dont je suis capable. Avec mes quatorze figurines, fondues, j’aurai de quoi fabriquer quatorze balles. Je le sais, j’ai déjà fait les comptes. Dans ma tête, je suis prêt.

Il y a neuf ans que je suis prêt.

Ella Balaert, Chers petits soldats

Pour accéder au dossier pédagogique de Léo Lamarche, cliquer ici. 


Ella Balaert, Quand on a dix-sept ans (roman) : présentation


Illustratrice : Yasuko

Rageot Romans

Format poche

Parution : 13 mars 2013

192 pages

Prix : 6.45 €

ISBN: 9782700239522

Résumé:

Roman choral:  dix tranches de vie,  dix jeunes de lycée,  sur  dix mois,  le temps d’une année scolaire.

Chaque chapitre se focalise sur un des membres  du groupe, vu de l’intérieur, tandis qu’il revient dans les autres chapitres, vu à travers le regard des autres.

Les peurs, les rêves, les désirs de chacun,  avec en arrière – plan cette question : est-ce qu’on n’est pas trop sérieux, quand on a dix-sept ans ?

  

Merci aux jeunes filles de troisième du collège F. Villon de Walincourt-Selvigny (59), qui m’ont fait la très émouvante surprise de m’offrir une vidéo qu’elles conçue et réalisée à partir du roman Quand on a dix-sept ans, en avril 2009.

Merci aussi à leurs professeurs, Laurence Margollé, Valérie Decaudin, et à Delphine Baré, documentaliste

Presse:

« Cette petite troupe d’adolescents, fragiles, mais vivants, au seuil de l’âge adulte et de l’amour… est prise aux rets du réel avec ses chassés-croisés affectifs…Un livre où les ados se reconnaîtront, … mené d’une écriture simple mais efficace et exigeante, sans jeunisme racoleur. Un roman porteur de débats, sans morale, mais porté au contraire par un regard juste et bienveillant et un certain optimisme ».  Dominique Baillon-Lalande, Encres Vagabondes, 14/02/08.

« Ils ont dix-sept ans, vivent leurs expériences habillés de leur chrysalide adolescente…Ella Balaert dépeint leurs sentiments contrariés, confus, tranchés, comme des bulles qui montent à la surface, se mélangent, éclatent à faire rougir…Une galerie de portraits pour s’y mirer, de loin ou de près. » E.L. Le Courrier Picard, 12/0202008

« Qu’ils soient fragiles ou insolents, lumineux ou effacés, ces jeunes gens sont les témoins d’une époque qui mélange gravité et futilité. Ella Balaert dresse le portrait de jeunes gens d’aujourd’hui…Tour à tour drôle, attendrissant ou oppressant, le ton suit l’émotion des personnages. Les regards s’entrecroisent et les destins se scellent.». Amélie Mondésir, Lecture jeune, décembre 2007

« Il y a Jennifer. Et aussi Guillaume. Parfois c’est Farid. Ou Erwan. Ou encore Romane… On ne connaîtra rien en détail, mais, au bout, la fresque prend forme. Plus que la vie des personnages, ce roman peint l’ambiance d’une année de bac. Les chemins qui se côtoient  ou se séparent. Subtil et nuancé ». D.D.  Librairie La licorne, Libbylit, janvier 2008

22 mars 2013,   L’avis de Ricochet (Catherine Gentile) :   « Ella Balaert capte avec justesse le temps de l’adolescence, où l’on est à la fois fragile et fort, où l’on attend et où l’on déploie une énergie inouïe. C’est un temps délicat, où tout peut basculer, où le fil de la vie peut se briser et où l’on s’essaie à l’amour. Entre légèreté et gravité, le roman, bien écrit, se lit avec intérêt. http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/47892-quand-on-a-17-ans

« Ces chapitres qui sont autant de petites nouvelles abordent de différents points de vue la vie d’un groupe de lycéens. Ils ne viennent pas des mêmes milieux sociaux, n’aspirent pas au même avenir, ne pratiquent pas les mêmes loisirs mais se cherchent et cherchent l’âme sœur. Une écriture juste pour cerner ces caractères et sentiments » . zazimuth, le 08 mars 2012

« J’ai vraiment adoré l’idée des petites nouvelles on a pleins de personnages à qui s’identifier, et on peut en aimer certain, en detester d’autres » Clara_Book, le 27 novembre 2012

Extraits:

Romane:

« Romane avait commencé son blog en octobre. Halloween, c’est une bonne période. Le choix de son pseudo ne lui prend qu’une minute : ce sera Angie. Il ne lui manque que les ailes. Et l’innocence aussi. Romane est une jeune fille sage, sans problème, ses parents disent sans histoire, quand ils parlent d’elle. Angie sera l’inverse : un ange, déchu. »

Pierre:

« Il entendait ses parents parler de lui. Parfois devant lui, à la troisième personne, comme s’il n’était pas là ; d’autres fois, dans la pièce à côté.

  • Tu as vu ses yeux? Rouges, exorbités: notre fils devient un mutant!
  • C’est normal, il ne dort plus. Il joue, il joue, jusqu’à deux, trois heures du matin. L’autre jour, je me suis réveillée, il était deux heures et quart, je l’ai trouvé devant sa bécane.
  • Il ne dort plus et il ne parle plus non plus. Il se renferme…A peine s’il baragouine trois mots de ci de là.
  • Et encore, faut voir les mots. « Vas-y, envoie une flash ! allez, on y va, on se le cut!
  • Ouais, on  se plaint du langage MSN, mais là, c’est pire!
  • Moi je dis, c’est de l’addiction. Ni plus, ni moins.
  • Tout ça pour quoi ? Zigouiller un maximum de gens en un minimum de temps ! Pan! Pan! tu parles d’un objectif !
  • Il y en a, des jeunes, aux Etats Unis, ils ont pété les plombs. Ils ont piqué une arme et ils ont descendu tout le monde dans une école.
  • Qu’est-ce qu’on peut faire, chéri, mais qu’est-ce qu’on peut faire ?
  • Peut-être qu’on devrait voir un psy.

Et ça durait, ça durait, du matin au soir, la litanie des inquiétudes. Pierre allait devenir bête. Décervelé. Tumoré du citron. Obsédé de la mitraille. Hyper violent. En général, il n’écoutait pas toute la conversation. Il craquait au moment où ses parents le citaient, d’un ton ironique. Dès qu’il entendait ses mots par leurs voix, il enfilait son casque et bye bye la compagnie. De toute façon, ils critiquaient sans savoir. Ils ne cherchaient pas à quoi ça correspondait, « flash, cut » etc… Ils étaient prêts à lui payer des cours pour qu’il améliore son anglais, mais là, évidemment, que ce soit de l’anglais, ça devenait un problème de plus. Ça s’appelle de la mauvaise foi. Il n’y avait pas de discussion possible. Il n’ironisait même plus sur le fait que ses parents allaient décerveler Mathilde en lui apprenant à jouer à la bataille. Ou qu’ils la rendraient hyper violente, tendance cannibale, en lui racontant, dans Le petit chaperon rouge, comment le loup se régale en croquant la grand-mère. Ça n’a rien à voir, répondaient-ils. Et quand ils jouaient aux échecs, et que son père lançait, tiens, je te bouffe ta reine, Pierre se contentait de ricaner d’un air entendu. Mais enfin, ça n’a vraiment rien à voir, Pierre mélange tout, soupirait son père.

Erwan:
« Erwan tente de rassembler les morceaux de mémoire qui se déchirent dans son crâne. Il est, quoi, une ou deux heures, à peu près? Ou plus. Ou peut-être moins.  Erwan a quitté le cours de maths.  Fabiola l’a viré. Erwan ne sait plus trop pourquoi. Peut-être qu’il a répondu à la prof, une folle celle-là de toute façon. Ou peut-être qu’il a pas répondu, justement. Enfin il s’est fait virer, ça, c’est sûr. Et après, il  ne sait plus.

Il essaie de se relever. Une sensation épaisse, écrasante, d’étourdissement le contraint à renoncer. Sa tête! Elle pèse une tonne.  Et ça martèle et ça  cogne là-dedans, pire que le tambour des galériens. Ces tenailles autour de ses tempes, c’est quoi, ça, des serres d’aigle, des mâchoires de bulldozer? Putain c’que ça tourne, il y a personne qui pourrait dire à cette putain de terre d’arrêter de tourner? »

Guillaume et Camille, Alex et Inès:

« Camille jette son manteau sur le lit des parents, elle dépose sur la table sa contribution à la fête, une salade orange et rouge, un mélange artistique de betteraves et d’agrumes, mais déjà son regard bat la salle, déjà il l’explore à grands traits désordonnés, en fouille les angles obscurs, traversant les danseurs isolés,  ignorant les groupes, Salut Camille, ça va, tiens  tu es là, ça va bien ? Camille répond, hoche la tête, retourne poliment les questions. Les lèvres de Camille sourient, mais ses yeux cherchent. Alexandre, Alex, où est-il ? Elle croit le voir dans un garçon qui traverse la pièce, elle crie son nom à un autre, assis dans un recoin. Quelqu’un lui propose un verre de bière. Jérôme, peut-être, ou Jules. Elle s’en saisit sans gratitude et le boit sans soif. Elle a oublié qu’elle n’aimait pas la bière. Toute sa personne, en  mal d’Alex, est tendue dans sa quête. Une silhouette blanche se découpe dans l’embrasure d’une porte. Cette fois, cette fois encore, mais cette fois vraiment c’est lui. Il est sorti dans le jardin. Dans la nuit, dans le brouillard qui tombe. Elle se précipite à sa suite. Elle n’a pas remarqué Inès, aux côtés d’Alex, qui rit, accrochée à son cou.

Guillaume a vu arriver Camille. Il était en train d’écouter Pierre raconter ses performances à un jeu de shoot, lorsqu’elle est entrée. Il l’a vue chercher quelqu’un du regard. Lui, Guillaume, peut-être ? Lui, sans doute : elle aura su, elle aura deviné qu’il n’était là que pour elle, ce soir. Les filles ont ces intuitions. Guillaume détourne le regard. Il n’a pas besoin de la regarder pour la voir. Pas besoin de la voir pour savoir qu’elle est, sous son débardeur noir,  sublime. »