– littérature

Fictions de rue

Fictions de rue (19) : Sur la route

Fictions de rue 19

La nuit commençait à tomber. La femme se tenait debout, sur la route, sans un sou, avec sa chemise d’hôpital sous le manteau.

Un camion approcha. Elle ne le héla pas, elle ne manifestait pas non plus l’intention de traverser – pour aller où, du reste, se demanda le chauffeur, en face, n’y a qu’ des champs, et encore des champs. Le camion ralentit. Le conducteur jeta un œil à sa feuille de route. L’homme reprit de la vitesse. Le vent qu’il déplaça en croisant la femme ouvrit son manteau et chiffonna sa longue tunique blanche.

La voiture roulait vite sur la route. Lorsqu’il entrevit la silhouette d’une pâleur  lunaire sur le côté, l’homme força son allure. Il avait reconnu la longue liquette blafarde des hôpitaux.

La femme entendit la moto avant de la voir arriver. Le moteur lancé à fond trouait la nuit de ses crépitements d’étincelles. Elle se boucha les oreilles. L’homme en la dépassant hurla quelque chose à son intention et accéléra.

Le grand cerf avançait lentement sur la route. Arrivé à la hauteur de la femme, il s’arrêta : inclinant ses grands bois devant elle, il l’invita à monter sur son dos.Franck-20Duval-20bis-1-

Ce qu’elle fit.

Paris – FKDL


Fictions de rue ( 18 ) : Cette hauteur!

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Il était bien, sur son petit nuage. Il pouvait passer n’importe qui, en bas. Il regardait cela de haut. Il avait pris ses quartiers au dernier étage. Vue directe sur le ciel.

Avec le temps, même tourner la tête le fatiguait. Et puis à quoi bon ? Ils ne méritaient pas son attention.

 

Paris –


Fictions de rue (17) : Ça se discute

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Les grilles n’étaient pas très hautes. Mais le courant qui les traversait était puissant. Depuis deux mois, il profitait de sa promenade quotidienne pour évaluer ses chances. Il s’entraînait dans sa tête. Il avait ses repères au sol. Il partirait de là, trois, quatre, cinq enjambées, il prendrait appui ici, sur son pied droit. Si seulement il pouvait ramasser un bâton qui lui servirait de perche. Il ne voyait pas de gardien, mais il était sûr d’être observé. Pas aussi naïf que son voisin, qui n’avait même pas l’air d’avoir remarqué les grillages.

Un jour il n’y tint plus. « Je vais m’échapper », dit-il à voix basse. « 1,50 m, ça se saute. »

« Pour quoi faire ? » demanda l’autre, surpris. « T’es fou ! »

« J’en peux plus d’être enfermé. Je veux sortir. »

« Mais qu’est-ce que tu racontes ? C’est ici, dehors.

 » Non, tu plaisantes!

 » Je te jure, c’est si tu sautes le grillage, que tu vas te retrouver enfermé ! »

 » T’as des preuves?

 » Non. Et toi? »

 » Non plus »

« Alors? On saute? »

 

Berlin

(Photo Chloé Galibert-Laîné)